Point mensuel février 2022 - Investissements
03/03/2022 - 20 min de lecture
Rubrique : Epargne et investissement
tout un mag pour vous
Point mensuel février 2022 - Investissements
Des marchés actions en baisse au mois de février suite à la déclaration de guerre de la Russie à l’Ukraine. Les principales places boursières ont reculé au cours du mois. L’Europe chute de 6,8 % tandis que les États-Unis et le Japon ne perdent respectivement que 3,8 % et 0,9 %. La bonne surprise vient des Émergents qui progressent de 2,7 %. Le cours du pétrole s’est envolé à plus de 100 dollars pour le Brent (+ 12 % sur le mois et + 29 % depuis le début de l’année) en raison du poids de la Russie (3ème producteur mondial mais 2ème exportateur). Avec un cours de 1 920 dollars, l’once d’or retrouve pratiquement son plus haut historique en raison de son statut de valeur refuge. Le dollar reste stable sur le mois écoulé par rapport à l’euro à 1,12. Nos portefeuilles baissent ce mois-ci de 2,4 %.
Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive), notre avance est de 45,4 % avec une performance globale de 135,1 % depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 28/02/2022 :


Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane, Espace Liberté et Anaé) au 28/02/2022.
Portefeuille type PEA : valorisation : 241 800 €

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane, Espace Liberté 1 & 2 et Anaé) : valorisation : 220 900 €

Répartition du portefeuille actuel :

Point marchés
Malgré d’incroyables publications de résultats des entreprises (bénéfices records de 130 milliards d’euros pour les entreprises du CAC 40, en hausse de 60 % par rapport au pic de 2019) et une crise sanitaire qui semble doucement s’effacer hormis en Asie (Japon, Corée du Sud, Hong-Kong) où la situation reste tendue avec Omicron, le mois de février aura enregistré une série ininterrompue de six semaines de baisse (depuis la mi-janvier) sur fond de craintes d'une invasion de l'Ukraine par la Russie. Semaine après semaine, les marchés actions n’ont cessé de reculer régulièrement alors que le Kremlin soufflait le chaud, mais surtout le froid, sur l'évolution diplomatique de cette situation explosive. Ce danger très inquiétant a fait grimper la tension sur les marchés. La volatilité a fait un bond en avant puisque l’indice Vix (l’indice de la peur) s’est envolé de près de 50 % en quelques jours. Les investisseurs craignaient d’une certaine manière le jeu néfaste d’engrenages que ne manquerait pas de déclencher une intervention russe en Ukraine. Pour les spécialistes, les conséquences d’une escalade et d’un conflit pourraient être particulièrement délétères pour l’économie européenne. En effet, une action militaire en Ukraine, provoquerait aussitôt des sanctions économiques contre la Russie, avec à la clé des représailles possibles de Moscou sur l’approvisionnement (vital) en gaz de nombreuses économies européennes. Alors que le 21 février tout le monde espérait encore une désescalade et le principe d'un sommet proposé par Emmanuel Macron, Moscou a refroidi l'optimisme de tous les acteurs en choisissant brutalement et froidement le passage à l’acte et la voie de la guerre.
Ainsi, le 24 février 2022 restera une date qui marquera l’Histoire. Au terme de plusieurs semaines de montée des tensions et d’une inquiétante présence militaire russe aux frontières de l’Ukraine, le scénario impensable d’une intervention d’envergure est devenu réalité. Pour des marchés incrédules, le début d’un conflit de cette ampleur, qui plus est sur le continent européen, était une première depuis la fin de la guerre froide. Vladimir Poutine a déclaré vouloir « neutraliser le potentiel militaire ukrainien » et ne pas vouloir occuper le pays. Les attaques semblaient d’abord viser essentiellement des infrastructures militaires, mais la progression des troupes russes dans le pays à proximité de plusieurs grandes villes a très vite laissé imaginer une attaque totale même s’il est encore trop tôt pour déterminer les vraies intentions de Moscou. Dans ce contexte anxiogène, un élément se veut rassurant. Depuis le début de ce conflit, l’OTAN a exclu l’envoi de troupes militaires en Ukraine, éliminant pour le moment le risque d’une confrontation directe avec l’armée russe. Toutefois la coalition enverra des troupes dans les pays frontaliers pour renforcer la dissuasion mais sans pouvoir exclure totalement un risque d’escalade. Suite à cette violation majeure du droit international, les pays occidentaux n’auront pas tardé à riposter avec l’annonce d’une salve de sanctions sans précédent dont les conséquences seront à la fois financières et économiques.
Il y a donc tout juste une semaine, V. Poutine donnait l’ordre à ses forces militaires d’envahir l’Ukraine. Par cette agression, le président russe a plongé la classe politique, économique et financière internationale dans un état de stupeur et de sidération absolu tant personne n’imaginait qu’il puisse prendre une telle décision. Même si les tensions entre la Russie et l’Ukraine pesaient sur les marchés financiers depuis plusieurs semaines (cf. point mensuel de janvier), la concrétisation le 24 février dernier de ce risque géopolitique a provoqué une hausse de la prime de risque défavorable aux actions. Cela a entraîné un fort mouvement de repli des bourses mondiales et a bousculé les marchés de l’énergie. Cette attaque d’envergure a conduit à une baisse des indices actions et des rendements obligataires. Le pétrole s’est apprécié de 8 % pour atteindre 105 dollars le baril (plus haut depuis 2014) et le prix du gaz (très instables depuis des semaines) s’est envolé de plus de 30 %. Sans surprise, ce sont les places boursières européennes en particulier le CAC 40 (-3, 8 %) et le Dax (-3,9 %) au cœur de l’action qui ont le plus corrigé au moment de l’offensive. Pour le marché parisien, l’explication résulte notamment d’une forte implantation de certains de ses fleurons. Renault, dont la Russie est le premier marché étranger (filiale AvtoVAZ) a perdu plus de 9 %, Alstom, qui détient 20 % du constructeur ferroviaire russe Transmashholding a cédé 6 % tandis que la Société Générale avec sa filiale Rosbank a chuté de 12 %. En ce qui concerne Francfort, la raison découle surtout de la forte dépendance énergétique de l’Allemagne envers la Russie (60 % de ses importations en gaz, vs 40 % pour l’Europe et 17 % pour la France). Malgré tout, nous pouvons considérer, que la baisse des actifs risqués aura été contenue en Europe (entre - 3 % et - 5 % « seulement » le jour de l’attaque). De leur côté, le Japon et les Emergents ont beaucoup moins baissé que le marché européen, alors que les États-Unis ont même clôturé la séance dans le vert. Il est vrai que les indices américains avaient nettement plus corrigé que les autres places boursières depuis le début de l’année (cf. point mensuel de janvier) en raison de la rotation sectorielle entamée fin novembre (arbitrage des valeurs de croissance vs valeurs décotées) et des anticipations par les investisseurs du resserrement de la politique monétaire de la Fed à compter du mois de mars. Par ailleurs, les effets directs de ce conflit sur l’économie américaine se trouvent réduits. Les liens commerciaux entre les deux anciens ennemis de la guerre froide sont faibles et la dépendance des États-Unis sur le plan énergétique nulle. Ces éléments expliquent pourquoi les Etats-Unis reculaient moins que l’Europe.
Pour terminer à propos de la baisse relativement modérée des marchés en février malgré les circonstances, rappelons que ces derniers avaient déjà consolidé en intégrant le risque géopolitique, sans avoir toutefois anticipé l’attaque de l’Ukraine par la Russie. Au soir du 28 février, l’ensemble des places boursières enregistraient depuis le début de l’année des baisses significatives mais raisonnables (entre - 4,9 % pour les Émergents et - 8,7 % pour l’Europe). A l’heure où nous écrivons, les marchés tiennent le choc mais restent fébriles. Ils sont soutenus par de bons indicateurs macroéconomiques des deux côtés de l’Atlantique et par la fin de la saison de publication des résultats d’entreprises d’excellente facture. Depuis un certain temps, les marchés évoluent en « tôle ondulée » (successivement à la hausse ou à la baisse, un jour - 4 % un autre + 3 %) en raison des grandes incertitudes concernant le conflit et sa durée. Ils fluctuent sans véritable direction en fonction des annonces. Le cœur n’y est pas réellement car l’inquiétude reste extrêmement vive face à l’avancée des troupes russes en Ukraine. Ils montent à la moindre nouvelle rassurante telle que l’ouverture de pourparlers entre les deux camps. A l’inverse, l’aggravation des sanctions ou l’intensification des bombardements suffisent à les faire plonger. Ils pourraient encore décrocher à tout moment. Il est probable que nous restions dans ce scénario jusqu’à ce qu’une fin de conflit commence à se profiler. A quelle échéance ? A ce jour, nul ne le sait. Sur le plan macro-économique, cette crise géopolitique intervient alors que les économies occidentales sortaient tout juste de la vague Omicron et voyaient les indicateurs d’activité s’améliorer. Cette nouvelle incertitude replonge l’Europe dans une période de troubles et pourrait complexifier la question de l’inflation et donc la politique monétaire des banques centrales. Après deux années de difficultés liées au Covid, peu d’entre nous auraient imaginé que l’incertitude reviendrait par la porte de la guerre que nous pensions refermée pour toujours. La période de répit aura été de courte durée.
Convictions d’investissements
A l’évidence, l’environnement d’investissement est devenu plus risqué depuis l’entrée des forces militaires russes en Ukraine. Parmi les grandes zones de monde, l’Europe est clairement la plus vulnérable à ce conflit en raison de sa proximité géographique et de la question de l’approvisionnement en gaz et en pétrole. Cependant, nous n’envisageons pas de risques de récession, même si les pressions inflationnistes devraient mécaniquement s’intensifier avec la hausse des prix des matières premières. Depuis la crise du Covid, l’Europe a pris conscience de sa dépendance vis-à-vis de la Chine (masques, batteries), de l’Inde (médicaments comme le paracétamol), de Taiwan (semi-conducteurs) ou des États-Unis (vaccins). La nécessité de diversifier davantage l’approvisionnement en gaz et en pétrole et de gagner en autonomie dans tous ces secteurs stratégiques sont maintenant une urgence dans l’agenda politique européen et français, tout comme la priorité d’augmenter les dépenses militaires communes pour assurer la défense et l’indépendance de l’Union européenne (UE).
L'escalade des tensions entre la Russie et l'Ukraine ajoute donc de l'incertitude aux perspectives mondiales, à un moment où les banques centrales commencent à agir pour lutter contre les pressions inflationnistes liées à la sortie de la crise sanitaire. Ce conflit pèse sur la confiance des marchés et les prix des matières premières, dans un environnement déjà inflationniste. Le risque de stagflation (l’inflation se renforce tandis que la croissance ralentit) pourrait augmenter en Europe. Même si cette probabilité commence à émerger chez certains analystes, il est selon nous encore trop tôt pour en faire un des thèmes principaux de notre scénario central.
Pour le moment, le grand mouvement vendeur ne concerne que les actifs russes qui connaissent une baisse spectaculaire. L’effondrement de l’indice boursier russe RTS (chute de plus de 50 % par rapport aux pics atteints en octobre) a poussé la bourse russe à interrompre les échanges. Du côté des marchés mondiaux, nous observons une augmentation du coût de la protection contre le risque de crédit et une certaine ruée vers les valeurs refuges en particulier l’or qui a dépassé la semaine dernière les 1 940 dollars (proche de son plus haut historique de 2 000 dollars en juillet 2020 en pleine crise du Covid) mais aussi certaines devises qui ont également bénéficié de ce contexte de forte demande. C’est le cas du dollar américain, du franc suisse et du yen japonais. En revanche, et c’est à noter, les bons du Trésor américain considérés comme une autre valeur sûre n’ont pas trop baissé. La réaction du marché obligataire a été contenue avec un rendement des obligations à 10 ans oscillant toujours entre 1,7 % et 2 %. Il est vrai que les anticipations par les investisseurs d’une Fed qui durcirait sa politique monétaire (hausse de ses taux directeurs ce mois-ci) en raison d’une inflation élevée a quelque peu limité la baisse des rendements. Pour finir, la volatilité a augmenté de manière significative puisque l’indice VIX du Standard & Poor’s 500 navigue ces derniers jours entre 30 et 38 (niveau deux fois plus élevé qu’en fin d’année lorsque les bourses volaient de record en record). Il est tout à fait possible que la baisse des derniers jours ne soit que la première étape de l’ajustement d’un processus qui pourrait se prolonger dans les prochains jours en fonction de l’évolution de la guerre en Ukraine. Les marchés vont donc devoir régulièrement réévaluer la situation, notamment en ce qui concerne :
- Les conséquences des sanctions prises par l’Europe, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Nous nous attendons à ce qu’elles gênent fortement les plans du régime de Moscou (V. Poutine ne s’attendait sans doute pas aussi vite à une telle unanimité de la part des occidentaux) et conduisent (espérons-le) la Russie à négocier sans trop tarder avant que le pays ne souffre trop de sa mise au ban sur la scène internationale. Ces sanctions pourraient provoquer de nouvelles perturbations sur les marchés même si nous ne nous attendons pas à des représailles majeures liées à l’énergie, car cela ne serait ni dans l’intérêt de la Russie (principale source de capitaux) ni dans l’intérêt de l’Europe (40 % de ses importations de gaz viennent de Russie). Pourtant, il n’est pas interdit de penser qu’un embargo décrété par l’Europe sur le gaz et le pétrole russe pourrait constituer la pire nouvelle pour V. Poutine. Mais cette décision à double tranchant induirait de lourdes conséquences pour certains Etats de l’Europe de l’Est.
- Le prix du pétrole et des matières premières qui sont des indicateurs essentiels à surveiller. Le baril a bondi au-dessus de 100 dollars pour la première fois depuis 2014. Nous devrions assister à une intensification des négociations visant à garantir un approvisionnement suffisant pour éviter un choc pétrolier avec la possibilité que l’Arabie-Saoudite, les Émirats et l’Iran ouvrent davantage les vannes (au-delà de la hausse de 400 000 Mbj décidée par l’OPEP+ pour faire face à la crise du Covid). Les États-Unis ont indiqué mettre à disposition de l’Europe une partie de leurs réserves stratégiques. La hausse des prix du pétrole est une source majeure de risque inflationniste dans un contexte d’inflation mondiale déjà élevée.
- L’augmentation de la probabilité d’un scénario de stagflation en particulier en Europe. Le Vieux Continent est le plus vulnérable dans ce conflit géopolitique. Ce dernier augmente le risque de stagflation à un moment où la BCE réduit ses rachats d’actifs. La forte dépendance à l’égard du gaz naturel russe pour la production d’électricité pourrait présenter un risque majeur en termes de pouvoir d’achat des consommateurs et de hausse des coûts de production pour les entreprises. Les principaux approvisionnements de l’Europe en produits russes sont les métaux de base, les produits chimiques et les produits manufacturés de base. Dans le contexte actuel de goulets d’étranglement toujours importants au niveau de l’approvisionnement, de prix élevés des matières premières et plus généralement, de coûts élevés des facteurs de production, cette situation pourrait constituer un frein pour l’économie de l’UE dans plusieurs secteurs, notamment ceux qui consomment beaucoup d’énergie. Les pressions inflationnistes vont mécaniquement s’intensifier avec la hausse des prix des matières premières, augmentant le risque de stagflation et mettant en péril les mesures de la BCE.
- La réévaluation des politiques des banques centrales. L’intensification de la crise entre la Russie et l’Ukraine a pour effet direct d’augmenter les prix de l’énergie, ce qui va renforcer les pressions inflationnistes. Toutefois, une détérioration du scénario économique rendra plus difficile toute action forte visant à contrer la montée de l’inflation. Encore une fois, les actions des banques centrales vont être déterminantes. L’orientation des politiques monétaires pourrait changer si jamais la croissance est en danger.
- Les équilibres géopolitiques mondiaux qui seront redéfinis, tout comme le rôle de l’OTAN.
Jusqu’à ce que les marchés s’adaptent au choc et évaluent les retombées en termes d’inflation et de croissance, les marchés vont rester volatils en raison d’un environnement imprévisible (durée du conflit, ampleur des sanctions, riposte aux sanctions, extension possible du conflit à d’autres zones…). En cas de trop longue prolongation, la guerre en Ukraine pourrait aggraver la situation inflationniste et nuire aux perspectives de croissance, en particulier en Europe. La question clé est maintenant de savoir quelle sera l’ampleur du réajustement des primes de risque, au-delà des actifs russes. Nous nous attendons à de nouveaux ajustements pour, a minima, faire face à l’hypothèse d’une éventuelle stagflation en particulier en Europe (marché le plus exposé à la situation). Les investisseurs devront relever le défi de construire une allocation en gardant à l’esprit deux scénarios qui pourraient se concrétiser. Le premier est favorable, avec une nouvelle poussée de l’inflation à cause de la guerre en Ukraine, mais aussi une croissance qui résiste grâce à l’absence de perturbations majeures dues au conflit et à la dynamique toujours positive de la reprise économique post-Covid. Le second est plus compliqué, avec simultanément un ralentissement de la croissance et une hausse de l’inflation (scénario de la stagflation).
Il est important de replacer dans son contexte l'influence économique de la Russie. Elle ne représente que 1,8 % du PIB mondial (l’Ukraine 0,3 %), soit un niveau voisin de celui de l’Espagne. Si elle compte 143 millions d'habitants (plus du double de la France), elle ne constitue pas un marché d'exportation majeur pour la plupart des pays. Une source d’inquiétudes réside sur le poids de la Russie concernant certaines matières premières. Elle représente 13 % de la production mondiale de pétrole et 17 % de celle de gaz. Outre le gaz et le pétrole, la Russie produit d’autres matières premières à l’échelle mondiale (palladium, aluminium, platine, nickel, blé etc.) dont les prix sont également en train de flamber, ce qui renforce la pression inflationniste.
Naturellement, l'élimination de l'offre russe entraînerait une hausse durable du prix du pétrole et d'autres produits de base, ce qui renforcerait les pressions inflationnistes mondiales. La hausse des prix réduirait le pouvoir d'achat des consommateurs et pourrait réduire les marges bénéficiaires des entreprises. Cependant, nous voyons là aussi des facteurs atténuants. Les effets de base sur l'inflation sont sur le point de devenir plus favorables et les facteurs transitoires liés au Covid (perturbations de la chaîne d'approvisionnement) s'atténuent progressivement. Même avec des prix du pétrole autour de 100 dollars, nous nous attendons à ce que l'inflation globale commence à baisser dans les mois à venir. Tout cela signifie que si un conflit prolongé peut être évité, les retombées économiques devraient rester raisonnables, permettant au monde de se remettre de la pandémie et aux marchés actions de repartir à la hausse en 2022.
En résumé, l'invasion de l'Ukraine par la Russie inquiètent à juste titre les investisseurs. Les marchés mondiaux continuent de faire preuve d’une formidable résilience en refusant (à ce jour) de capituler alors que tout de même, la guerre fait rage en Europe. Toutefois, les retombées économiques du conflit semblent maîtrisables. Les marchés font preuve d’une sage prudence et sont en train de s'ajuster car il faudra sans doute encore du temps pour que la situation en Ukraine n’évolue vers un arrêt des combats. En attendant, l'incertitude devrait encore persister, sans pouvoir écarter l’hypothèse de mouvements baissiers plus ou moins marqués. A court terme, ce choc géopolitique majeur pourrait provoquer un choc de confiance en Europe et peser sur la demande intérieure (ménages et entreprises). Toutefois, les liens économiques de l’Europe avec la Russie et l’Ukraine ne sont pas assez importants pour risquer de compromettre la reprise et provoquer une récession au sein de la zone euro.
A ce stade, nous maintenons notre prévision d’une croissance économique restant forte en 2022. Nous prévoyons toujours une hausse du PIB mondial comprise entre 4 % et 4,5 % % ce qui devrait offrir au monde un bon coussin de sécurité. Le chef économiste de la BCE (Philip Lane) prévoit que, malgré la hausse des prix (gaz, pétrole, denrées alimentaires), malgré les perturbations des marchés financiers et les sanctions, la croissance mondiale en 2022 pourrait être amputée de 0,3 % à 0,4 % et jusqu’à 1 % dans un scénario plus extrême. Ces premiers calculs faits « sur un coin de table sont à prendre avec des pincettes » prévient la BCE. Ils feront évidemment l’objet d’une évaluation plus poussée des risques liés à l’évolution en Ukraine lors de la prochaine réunion de politique monétaire, le 10 mars prochain. Il est également essentiel de rappeler que les niveaux d'épargne chez les ménages et de liquidités chez les entreprises sont très élevés. Enfin, il est acquis que les politiques monétaires et fiscales resteront favorables.
Selon nous, l'inflation constitue un risque beaucoup plus important, notamment parce que la crise ukrainienne pourrait provoquer une flambée des prix du pétrole, qui étaient déjà élevés avant le début du conflit. Avant même l'invasion russe, les prévisions d'inflation mondiale avaient été relevées à 5,1 % cette année (contre 4,1 % il y a un mois). Or, avec ce nouveau conflit, un renchérissement devient envisageable.
Enfin, un dernier point positif pour l'économie pourrait venir des banques centrales. Si elles ont récemment indiqué qu’elles allaient intensifier leurs intentions en matière de normalisation puis de resserrement de leur politique monétaire, celles-ci pourraient aussi décider de calmer un peu le jeu afin de tenir compte du contexte actuel. Elles pourraient devoir s’adapter si jamais la croissance devait être en danger. Une certitude est acquise, leurs actions seront une nouvelle fois déterminantes.
Pour conclure, certaines questions restent en suspens à l’heure où nous écrivons : quelles seront les conséquences du conflit sur les approvisionnements énergétiques de l’Europe ? Faut-il s’inquiéter des conséquences d’une mise au ban de la Russie ? La question de la durée de son bannissement de la communauté internationale ne semble pas déranger V. Poutine qui semble prêt à l’assumer. Mais le coût politique et économique pourrait s’avérer colossal. D’abord à court terme, en raison du niveau de résistance rencontré en Ukraine sur le plan militaire. Ensuite à moyen terme, en raison des conséquences sanglantes pour les deux populations si jamais des mouvements de résistance subsistent et conduisent la politique d’occupation à l’enlisement. Enfin, le point positif face à ces risques est le renforcement de la cohésion européenne et internationale (vague de sanctions) devant une Russie devenue très agressive. Ainsi, cette politique du fait accompli pratiquée par la Russie et basée sur la force pourrait dissuader la Chine dans ses revendications sur Taïwan.
Stratégie et arbitrages
Face à cette situation pour le moins préoccupante, nous pourrions comprendre que les investisseurs veuillent se protéger et réduire leur exposition actions. C’est la logique qui sous-tend les épisodes d’aversion au risque. Pourtant, nous mettons en garde contre de telles décisions. L'histoire montre que les guerres n'entraînent pas toujours des baisses durables des actifs les plus risqués. Cela dépend en grande partie de la durée du conflit. Même si la guerre en Ukraine n’est pas tout à fait comparable, prenons l'exemple de celle en Irak en 2003. Si les marchés boursiers étaient en baisse avant l'invasion du pays par les États-Unis, ils ont commencé à se redresser dans les dix jours qui ont suivi le début de la campagne militaire (mais comparaison n’est pas raison). A l’heure où nous écrivons, nous recommandons à ceux qui seraient tentés de diminuer une partie de leur exposition de ne pas bouger dans les portefeuilles (pas de mouvement de vente). Nous restons prudents mais aussi prêts à revoir notre position si la crise russo-ukrainienne devait s’avérer plus longue que prévu et qu’une pression inflationniste plus forte devait compromettre la croissance mondiale. Comme souvent en pareille situation de baisse des marchés (qu’elle soit due à l’éclatement d’une bulle, à une attaque terroriste, à la crise du Covid-19, à un krach obligataire ou à un conflit), la meilleure stratégie consiste à faire le dos rond car il est impossible d’anticiper une correction brutale et soudaine en particulier lorsque tous les indicateurs économiques sont orientés favorablement comme c’est toujours le cas dans notre scénario pour 2022. Bien qu’exposés aux actifs risqués, nos portefeuilles soigneusement diversifiés, nous permettent de contenir (naturellement dans une certaine limite) les effets d’une correction. Comme chaque fois, notre discipline d’investissement et notre stratégie nous conduisent à guetter toute opportunité de renforcer nos positions par des arbitrages en profitant de points d’entrée favorables. Durant toute l’année 2021, nous avons attendu en vain une correction franche (c’est-à-dire au moins une baisse de 10 %) ou tout au moins une consolidation significative des marchés actions, mais l’occasion ne s’est jamais vraiment présentée. Malgré un niveau d’incertitude encore élevé, cette baisse (peut-être seulement partielle) des marchés pourrait nous permettre d’envisager quelques mouvements au sein de nos portefeuilles types. Ces arbitrages constitueraient ainsi de légers ajustements par rapport au contexte macro-économique dans la mesure où nous ne savons jamais si les marchés ont vraiment touché leur point bas. Quoiqu’il en soit nous conserverons toujours des réserves afin de renforcer sur repli nos choix stratégiques.
Même si les tensions sur les prix de l’énergie et des matières premières ne vont pas calmer les pressions inflationnistes, nous pensons que la Fed pourrait atténuer son discours mi-mars si les turbulences se prolongent. A l’arrivée, il est possible que les marchés touchent de nouveaux plus bas dans les prochains jours, mais nous restons investis sur les actifs risqués, prêts à renforcer l’exposition en cas de repli. En effet, les perturbations liées à ce conflit seront davantage politiques qu’économiques.
La baisse des marchés combinée à la bonne dynamique des résultats des entreprises constitue aujourd’hui un point d’entrée intéressant à nos yeux. Nous avons donc décidé de positionner une partie des liquidités en attente. Compte tenu de l’incertitude qui demeure à court terme et des niveaux de volatilité actuels, nous conservons une partie des liquidités sur le PEA et les lignes de diversification de l’assurance vie (Prem’Opcimmo et Pictet Global Emerging Debt) qui auront la possibilité d’être dynamisées ultérieurement.
- Sur le PEA, nous allégeons la poche de liquidités de 6 points et soldons la ligne de Vendôme Sélection Euro (FR0010111674). Nous renforçons les lignes d’Amundi Multi-gérants PEA-PME (FR0013277860) et d’Amundi Valeurs Durables (FR0000991424) de 2 points chacune et intégrons un nouveau fonds pour 7 % du portefeuille : DNCA Centifolia (FR0007076930). Cet instrument permettra de s’exposer aux valeurs françaises décotées et de profiter de la correction récente de secteurs comme la finance et l’industrie.
- Au sein de l’assurance vie, nous arbitrons l’intégralité de la ligne de monétaire afin de renforcer Amundi European Equity Value (LU1883314244) de 2 points et de positionner une nouvelle ligne : Amundi Patrimoine (FR0011199371) pour 6 % du portefeuille. Ce fonds permet de s’exposer partiellement au marché actions tout en optimisant la diversification du portefeuille. Enfin, nous avons décidé d’arbitrer Robeco US Premium Equities (LU0320896664) au profit de Fidelity Funds America (LU0251127410) afin de bénéficier d’une exposition aux actions américaines sans biais de style et sans couverture du risque de change.
A suivre dans les prochaines semaines :
- évolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine
- indicateurs macro-économiques (inflation, emploi, confiance des ménages etc.)
- communication des banques centrales (BCE le 10 mars et Fed le 17 mars)
- évolution du variant Omicron en Asie (Japon, Corée du Sud, Hong-Kong)
Voici les liens d’inscriptions des prochaines visio-conférences :
Mardi 08 mars 2022 https://attendee.gotowebinar.com/register/4882343320693392655
Mardi 12 avril 2022 https://attendee.gotowebinar.com/register/6702134020709227276
Bons investissements à tous, nous vous donnons rendez-vous le lundi 4 avril 2022 pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller, le service CAPG Gestion Conseillée (pggc@lefil.com) et nous-même (nicolas.duplantier@lefil.com et pierre.kubis@lefil.com) sommes à votre entière disposition.
L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L'adaptation de nos propositions au profil d'investissement de chaque client suit 4 règles principales :
- Cantonnement : définition d'un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d'assurance-vie)
- Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d'assurance-vie
- Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
- Communication/suivi : mail et article mensuel sur www.ca-pg.fr, visio-conférence mensuelle