Point mensuel juin 2021 - Investissements

02/07/2021 - 20 min de lecture

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Point mensuel juin 2021 - Investissements

Des marchés actions en hausse grâce à d’excellents indicateurs économiques et de puissants facteurs de soutien. Dans un contexte sanitaire de vigilance renforcée, les marchés actions bouclent un remarquable premier semestre. Sur le mois de juin, les Etats-Unis progressent de 3 % et réduisent l’écart avec l’Europe en légère hausse de 1,2 %. Les Emergents et le Japon restent encore à l’équilibre. Le dollar s’est nettement renforcé de 3 % face à l’euro (parité euro/dollar à 1,18 vs 1,22) et le baril de pétrole continue sa remontée à plus de 75 dollars (le brent). Nos portefeuilles progressent ce mois-ci de 2,3 %.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive), notre avance est de 45,3 % avec une performance globale de 138,5 % depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 30/06/2021 :

Perf global
Graphe

Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane, Espace Liberté et Anaé) au 30/06/2021.

 

Portefeuille type PEA : valorisation : 244 552 €

Perf PEA

 

 

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane, Espace Liberté 1 & 2 et Anaé) : valorisation : 224 886 €

Perf AV

 

Répartition du portefeuille actuel : 

Répartition

 

Point marchés

 

Ce mois de juin ponctue un très beau premier semestre dominé par les actions européennes. Il aura vu en toute fin de mois le marché américain légèrement surperformer l’Europe dont l’avance sur Wall Street a un peu diminué avec le récent regain de forme des valeurs technologiques (moins présentes au sein des indices européens). L’explication du retour sur le devant de la scène de ces valeurs coïncide avec la dernière réunion de la Fed mi-juin. Son discours renouvelant son absence d’intention de normaliser sa politique monétaire ultra-stimulante a rassuré les marchés financiers. Il a entraîné un mouvement à la baisse des rendements des obligations à 10 ans américaines (repassées en dessous de 1,5 %) et provoqué un léger aplatissement de la courbe des taux (après la repentification durant le trimestre précédent) ainsi qu’un imperceptible recul des anticipations inflationnistes. Les investisseurs en ont profité pour revenir ponctuellement sur la thématique des valeurs de croissance à forte visibilité qui avait si bien fonctionné avant le mois de novembre. Il est évidemment prématuré d'en déduire un changement de tendance et encore moins un retro pédalage des investisseurs qui choisiraient de diminuer leur exposition aux valeurs cycliques (banques, énergie, industrie etc.) au profit des valeurs de croissance (technologie ou luxe). En fait, la partie cyclique de la cote a tout simplement un peu plus souffert que la partie croissance au cours des dernières séances. Sans conclure à une quelconque fébrilité, les marchés actions ont donc très légèrement baissé ces derniers jours. Il s’agit plus d’une simple et nécessaire respiration durant l’actuelle phase de hausse. Les investisseurs se sont montrés à nouveau attentifs à des sujets qui pouvaient sembler (à tort) ne plus être de réels facteurs d’inquiétudes et cette réaction nous paraît plutôt rassurante.

D’abord, à propos de la pandémie qui redevient le sujet central de l’actualité. Cette question reléguée par moments au second rang des préoccupations en raison de l’accélération de la vaccination dans le monde resurgit à juste titre avec l’émergence de ce variant « Delta » (ex variant indien). Beaucoup plus contagieux que les précédents et déjà présent dans plus de 85 pays, celui-ci est devenu incontrôlable dans plusieurs villes ou pays ce qui conduit à des resserrements de vis. C’est le cas de l’Australie qui instaure un nouveau confinement strict à Sydney notamment ou du Portugal qui a décidé de rétablir un couvre-feu et un reconfinement partiel en imposant la fermeture des commerces, bars et restaurants à Lisbonne et dans plusieurs autres villes. De son côté, le Royaume-Uni dont la population est vaccinée à plus de 60 % a pris la décision de reporter d’un mois l’ultime étape de déconfinement général prévue désormais le 19 juillet. Ses autorités ont également indiqué que parmi la centaine de victimes du variant « Delta » environ la moitié était complètement vaccinée, ce qui peut éventuellement relancer le débat sur l’efficacité des vaccins. Si elle est indiscutable sur le virus initial et ses mutations successives, elle doit régulièrement être confirmée et ajustée par les laboratoires à chaque nouveau variant. Plus que jamais donc, la prudence reste de mise concernant le thème éminemment sensible de la crise sanitaire.

Ensuite, concernant la confiance jusqu’ici aveugle des marchés actions envers le discours de la Fed qui donne parfois le sentiment furtif que les marchés cèderaient à un soupçon de doute (voire de fébrilité) à l’occasion d’une déclaration contradictoire d’un de ses membres. Comme nous l’avons écrit le mois dernier, celle-ci a fait le pari très fort de communiquer sur le fait que ce pic d’inflation (4,2 % en avril et 5 % en mai) ne serait qu’un dérapage temporaire en raison des effets de base liés à l’arrêt de l’économie et à l’effondrement des cours du pétrole en 2020. La Fed martèle que cette hausse transitoire est liée à la réouverture de l’économie mondiale. Les marchés semblent y croire et continuent de souscrire à cette analyse d’une flambée des prix résultant de dysfonctionnements et de pénuries dans les chaînes de production et sur le marché de l’emploi. Selon elle, ces perturbations commenceraient déjà à se résorber. Aujourd’hui tout va bien et les marchés ne paraissent pas douter du caractère ponctuel de cette poussée inflationniste ni des intentions de la Fed de laisser inchangée sa politique monétaire (taux directeurs nuls et poursuite des rachats mensuels de 120 milliards de dollars de dette publique et d’obligations gagées sur des créances immobilières) jusqu’en 2023. Les investisseurs lui font résolument confiance mais restent tout de même sur le qui-vive ce qui peut ponctuellement engendrer de courtes périodes de volatilité.

Enfin, les attentes suscitées par les ambitieux plans de relance américains ont été récemment revues à la baisse par rapport aux annonces faites par Joe Biden en début d’année (cf. point mensuel d’avril). Or, il est possible que la diminution de ces stimuli budgétaires affecte à la marge le niveau de reprise de l’économie américaine et par conséquent celui de la croissance mondiale.

Néanmoins, l’ensemble de cette actualité n’est pas venu altérer l’environnement très favorable pour les marchés actions. La progression est toujours indiscutable même si depuis quelques semaines l’intensité a faibli. Les marchés continuent de monter car ils ont trouvé un certain équilibre mais selon nous, un équilibre plus de raison que de passion. Ils ont pris l’habitude de monter depuis quelques temps parce qu’il y a beaucoup d’argent dans l’économie et que la moindre prise de bénéfices est balayée par de nouveaux investissements. Les principaux indices enregistrent donc des performances comprises entre + 5 % et + 18 % depuis le début de l’année. Les places boursières européennes font toujours la course en tête même si leur rythme a un peu ralenti ces derniers temps. Le marché européen qui surperformait assez nettement les autres places boursières y compris Wall Street marque un peu le pas. Ainsi, l’indice de la zone euro (l’Euro Stoxx 50 à 4 080 points + 14,5 % hors dividendes) se rapproche doucement de son sommet d’octobre 2007 (à 4 480 points), tandis que la bourse de Francfort (Dax 30 à 15 600 points + 13 %) est à son plus haut historique. La tendance est toujours largement positive à Wall Street où l’indice de référence des professionnels, le Standard & Poor’s 500 (à 4 300 points + 14,5 %) navigue toujours au-dessus de ses plus hauts historiques tout comme le Nasdaq (à 14 490 points + 12,5 %). Les Emergents (+ 5,9 %) et le Japon (+ 4,6 %) conservent quant à eux une performance positive depuis le début d’année.

 

Convictions d’investissements

 

Nous considérons toujours que le retour à la normale de l’activité économique mondiale devrait se situer fin 2021 début 2022 et que l’économie mondiale restera solidement arrimée à ce scenario de reprise forte (+ 5,8 % en 2021) tout en restant dépendant de la situation sanitaire mondiale. Dans ce contexte favorable notre stratégie des points mensuels d’avril et mai reste inchangée.
Les indicateurs sur le plan macro-économique continuent d’être convaincants et rassurants. L’activité manufacturière se stabilise après la forte hausse entamée depuis le troisième trimestre 2020 et les services accélèrent de manière significative. Le moral des chefs d’entreprise s’est lui aussi nettement amélioré en juin. Ces derniers se montrent optimistes et voient les incertitudes se lever à la faveur du déconfinement et de la reprise de l’activité. Ainsi l’indicateur du climat des affaires de l’Insee (cf. graphe ci-dessous) a bondi pour atteindre son niveau le plus haut depuis mi-2007, nettement au-dessus de celui d’avant crise. Une progression notable depuis mars 2021, lorsqu’au plus fort de la crise, il avait plongé sous la barre des 60 points son plus bas niveau depuis trente ans. Le moral dans l’industrie se stabilise, tandis que celui dans les services et le commerce de détail progresse sensiblement. Dans le tertiaire, certains secteurs se montrent particulièrement euphoriques, comme l’hébergement-restauration (au plus haut niveau depuis janvier 1989), l’information-communication ou encore le transport routier de marchandises. Le déconfinement donne à ces professionnels des perspectives de croissance encourageantes pour les mois à venir. Autre indicateur dans le vert, le climat de l’emploi s’améliore également et revient à son niveau d’avant crise. Là aussi, les chefs d’entreprise voient les perspectives d’embauche s’améliorer dans les trois prochains mois. Une bonne nouvelle, qui sera sans doute portée par l’été et les dépenses accrues des ménages.

 

convictions_investissement

Les publications des résultats des entreprises pour le second trimestre vont démarrer dès la semaine prochaine aux États-Unis puis en Europe. Nous pensons qu’elles devraient être un catalyseur pour les marchés actions qui manquent de carburant et donnent l’impression ces derniers temps d’osciller sans réelle direction ou du moins, de naviguer sans trop de convictions (sorte de faux plat). Au trimestre précédent, les résultats des entreprises avaient été exceptionnels et plutôt bien accueillis en Europe. A l’inverse, les réactions avaient été plus mitigées aux États-Unis alors même que les résultats étaient supérieurs au consensus. Les investisseurs en avaient d’ailleurs profité pour prendre leurs bénéfices sur les valeurs de croissance, en particulier sur le secteur de la « Tech » qui avait poursuivi son mouvement de consolidation et de rotation sectorielle en faveur des valeurs cycliques. Nous pensons que la vague de résultats risque plutôt de prendre la forme d’une déferlante de bons chiffres. Malgré cette perspective réjouissante, nous considérons que la qualité des publications n’est pas ce qui compte le plus. Le plus important sera la manière dont les investisseurs accueilleront des résultats probablement historiques. La dernière fois, certaines valeurs (notamment les GAFAM) avaient été sanctionnées. Nous pensons cette fois que ces résultats seront salués avec un peu plus d’enthousiasme.

En ce qui concerne l’inflation, avec une dernière publication à 5 % pour le mois de mai, la hausse des prix sur un an est bien réelle et ne fait pas débat. La question qui se pose est plutôt de savoir si, une fois les effets de base dissipés, celle-ci s’installera de façon durable ou si les niveaux d’aujourd’hui (et des prochains mois) ne constitueront alors qu’un pic transitoire. Dans le cas contraire, les intervenants craignent que la Fed ne doive revoir le calendrier de son resserrement monétaire.
Nous pensons que les projecteurs sont aujourd’hui un peu trop braqués sur ce thème, alors même que la Fed met clairement l’accent sur le niveau de l’emploi dans sa communication. Pour rappel, son double objectif consiste bien à concourir à la stabilité des prix mais également à parvenir à une situation de plein emploi. Si, sur le premier elle se laisse désormais plus de latitude que par le passé, elle axe son travail de sortie de crise autour du deuxième. En s’affranchissant du dogme de la borne haute d’inflation à 2 %, la Fed souhaite ne pas freiner la reprise économique. Il serait certainement plus coûteux pour l’économie américaine de relever les taux prématurément sous l’effet de pressions inflationnistes en risquant un retour en récession si le marché de l’emploi est encore trop déséquilibré. En effet, la publication du mois d’avril a constitué la plus forte déception de l’histoire de cette statistique (en termes d’écart négatif par rapport aux prévisions des analystes) avec un chiffre de 266 000 créations d’emplois contre des attentes à un million. Nouvelle déconvenue en mai avec 559 000 créations, soit presque 100 000 de moins qu’attendu. Après ces publications décevantes, la moitié des Etats ont décidé de couper le supplément d’allocations de 300 dollars par semaine versé aux chômeurs depuis le début de la crise. Pour les républicains, ces aides constituent un frein au retour à l’emploi, notamment dans les secteurs les moins qualifiés puisque le montant des aides est parfois supérieur au salaire moyen. Le débat sera néanmoins rapidement clos puisque le programme d’aide aux chômeurs prendra fin en septembre. Une chose est sûre, le marché de l’emploi souffre d’encore trop de déséquilibres puisque du côté de l’offre, 45 % des PME américaines déclarent avoir des difficultés à pourvoir des postes. Et même si le taux de chômage s’améliore progressivement, il y a encore une quantité importante de personnes sans emploi découragées et qui ne sont pas intégrées à son calcul. Les prochaines publications de créations d’emplois seront donc capitales (le chiffre de juin est attendu en même temps que la publication de ce point mensuel) et devront selon nous ressortir au-dessus des attentes pour justifier un vrai tournant restrictif dans la posture de la Fed. La vigilance s’impose au cours des prochaines semaines et les banquiers centraux vont devoir soigneusement préparer leur communication. Nous sommes à quelques mois d’un changement majeur dans l’orientation de la politique monétaire américaine ce qui placera la Fed au centre de toutes les attentions. Nous devrons a minima patienter jusqu’au symposium de Jackson Hole (fin août) pour connaître ses intentions. Tant que les anticipations d’inflation à moyen terme ne dérapent pas, il n’y a aucune raison de craindre un retour en récession ou un krach sur les marchés.
Nous considérons enfin que la peur selon laquelle la réduction progressive des rachats d’actifs (tapering) serait le principal risque qui agiterait les marchés n’est pas fondée. En effet, ces derniers sont conscients qu’ils devront un jour ou l’autre se préparer à ce changement de cap. Concrètement, ils savent déjà à quoi s’attendre car ils l’ont déjà vécue entre 2013 et 2014 : une baisse de 10 à 15 % qu’ils sauront sans doute mieux appréhender cette fois. Pour nous, le vrai risque pouvant réellement contrarier les marchés financiers viendrait plutôt de nouvelles mesures strictes de confinement provoquant un décalage de la reprise. Une telle situation pourrait se produire en cas d’inefficacité des vaccins face à un nouveau variant ou à l’incapacité à vacciner une proportion suffisante de la population. A ce jour, ce danger ne peut toujours pas être écarté. Au-delà du drame que représente les décès dus à cette pandémie, ces variants viennent limiter les risques de surchauffe ou d’emballement des marchés à la suite d’un bon premier semestre. Sans susciter l’inquiétude des marchés financiers, cette actualité récente du variant « Delta » crée une forme d’interrogation et doit inciter à l’extrême prudence.
 

 

La reprise mondiale plus forte que prévu

 

C’est le constat que nous pouvons faire de ce premier semestre écoulé. Les discours de toutes les grandes organisations mondiales se veulent plutôt optimistes. L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a revu nettement à la hausse ses prévisions puisqu’elle attend en 2021 une croissance économique mondiale de 5,8 % (taux le plus élevé depuis 1973 très loin de la projection de 4,2 % publiée en décembre 2020) et autour de 4,4 % l’année prochaine. Cependant, malgré ces estimations réjouissantes, le revenu mondial sera encore inférieur d’environ 3 000 milliards de dollars par rapport au niveau qu’il aurait dû atteindre sans cette pandémie mondiale. Le manque à gagner est non négligeable mais bien moindre que prévu car les baisses de production et le chômage n’ont pas été aussi élevés que nous pouvions le redouter il y a tout juste un an.
Cette reprise vigoureuse sera marquée par une très forte disparité selon les pays et les secteurs d’activité. Tant qu’une proportion importante de la population mondiale n’est pas vaccinée et que le risque de nouvelles vagues subsiste, la reprise restera inégale. Après la Chine qui a déjà effacé les traces de cette crise, les États-Unis ont déjà quasiment retrouvé leur niveau de PIB par habitant d’avant Covid alors que pour certains pays émergents comme le Mexique ou l’Afrique du Sud, le rétablissement pourrait durer trois à cinq ans. Évidemment le rythme de la vaccination contribue pour beaucoup à ce redressement. Ainsi, les pays qui ont rapidement vacciné leur population et qui sont parvenus à relativement bien maîtriser la contamination grâce à l’efficacité de leurs politiques sanitaires, voient leur économie se relever plus rapidement.

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Lors de cette crise qui restera dans les mémoires, les plans de soutien et de relance des gouvernements et des banques centrales du monde entier auront favorisé la reprise puisque jamais nous n’aurons vu des politiques publiques se mettre en place aussi rapidement et efficacement, que ce soit en matière de santé, de développement d’un vaccin ou sur le plan monétaire, budgétaire et financier. Si la vaccination continue d’accélérer et que les gens dépensent l’argent épargné, la croissance pourrait même être encore plus forte à condition que les poussées inflationnistes actuelles soient bien, comme le jugent les banques centrales, un phénomène temporaire lié au rattrapage économique. A l’arrivée l’inflation devrait refluer en 2022 et les goulots d’étranglement responsables de certaines pénuries être résorbés d’ici la fin de l’année.

 

 

La croissance accélère en Europe

 

Incontestablement, cette fin du premier semestre 2021 témoigne de l’accélération de l’Europe et d’un optimisme retrouvé. La vigueur du rebond de l’activité pourrait engendrer une reprise plus forte et plus rapide, à tel point que la crise économique pourrait être résorbée plus vite que prévu. En effet, les dernières publications des indicateurs macro-économiques traduisent une reprise très soutenue.
Pour illustrer cette tendance positive, l’indice PMI de l’activité a atteint son plus haut niveau en quinze ans, l’indice IFO (confiance des patrons allemands) est quant à lui au plus haut depuis fin 2010 alors que l’indice de la reprise publié par l’Oxford Economics affiche sa huitième semaine consécutive de croissance, traduisant le redémarrage amorcé fin avril. L’agence Standard & Poor’s n’est pas en reste puisqu’elle prévoit la poursuite de cette reprise durant l’été et revoit à la hausse ses prévisions de croissance du PIB de la zone euro à 4,4 % (vs 4,2 précédemment) pour cette année, et 4,5 % au lieu de 4,4 % pour 2022. À ce rythme-là, le retour à la trajectoire d’avant-crise devrait être retrouvé fin 2022. La légère récession (- 0,3 %) du premier trimestre avait démontré la bonne adaptation de l’économie aux restrictions, sans comparaison avec le choc de 2020. Après la résilience de l’industrie à travers les confinements, les services prennent le relais depuis la réouverture des secteurs fermés à cause de la crise sanitaire. Cela tombe à point nommé pour compenser dans les secteurs manufacturiers ou de la construction les goulots d’étranglement liés aux difficultés d’approvisionnements en semi-conducteurs ou divers matériaux.
Tous ces éléments prouvent que la situation se normalise extrêmement vite une fois les restrictions levées. Dans les services, les réservations de restaurants, d’hôtels ou de billets d’avion repartent en flèche. La consommation rattrape également son retard. D’après les experts, la vigueur de la reprise dépendra en partie de la vitesse à laquelle les ménages vont écouler les quelque 300 milliards d’euros « non dépensés » pendant la crise à travers l’Europe, soit près de 3 % du PIB. La confiance des ménages revient doucement avec la diminution du virus et la progression de la vaccination.
Pour compléter le tableau, la zone euro devrait retrouver son niveau d’emploi d’avant la pandémie dès la mi-2022, soit un an plus tôt que prévu. À titre de comparaison, il avait fallu huit ans pour effacer les destructions d’emplois dues à la grande crise financière de 2008. Le pire semble avoir été évité sur le plan social même si la pandémie va accélérer des mutations structurelles et nécessiter des adaptations. Par ailleurs, la rapidité de la reprise pourrait éviter une bonne partie des faillites annoncées grâce à l’efficacité des mesures de soutien et à la réponse politique à cette crise extrêmement bien coordonnée. Le versement dès le mois de juillet des fonds du plan de relance européen intervient idéalement au moment où les États commencent à évoquer le retrait de leurs mesures de soutien, pour passer à la phase d’une intervention publique axée sur l’investissement.

 

 

La croissance française fait mieux que la zone euro

 

Corollaire de l’ampleur de la récession subie l’an dernier, la France se situe en tête du peloton de cette reprise générale. La Banque de France voit l'horizon de la conjoncture hexagonale nettement s'éclaircir avec un véritable rebond au second semestre, qui permettrait à la croissance tricolore de bondir de 5,75 % en 2021. Alors évidemment, cette spectaculaire progression de l’activité correspond à un sursaut en partie technique après le plongeon de son PIB de près de 8 % en 2020. Mais après un début d'année encore marqué par les restrictions sanitaires, les choses sont en passe de rentrer dans l'ordre grâce à un déconfinement par étapes et l'accélération de la campagne de vaccination. Ainsi, la France ferait mieux cette année que la zone euro, dont la croissance atteindrait 4,6 %. La consommation des ménages à travers la dépense de l’argent épargné (ou impossible à dépenser pendant le confinement) par les français ces quinze derniers mois sera évidemment décisive pour la seconde moitié de l’année (entre 140 et 180 milliards en 2021). Les paiements par carte des Français au cours du mois de juin étaient 19 % plus élevés que sur la même période en 2019 et les dépenses en biens d’équipement électronique, informatique ou électroménager se sont envolées de 40 %. De même, après la chute vertigineuse de 2020 (- 8,9 %), l’investissement des entreprises devrait progresser nettement cette année (+ 9,7 %). Les exportations devraient repartir à la hausse grâce à la reprise du commerce international et au début de l’amélioration de la situation dans les secteurs du tourisme et de l'aéronautique, piliers de l’économie française et fortement touchés par la crise.
Cet environnement favorable permettrait d'aborder 2022 avec confiance et en l'absence de nouvelles restrictions, l’économie française pourrait enregistrer une croissance de 4 % l'an prochain et par la même dépasser son niveau pré-Covid dès le premier trimestre 2022 soit un trimestre plus tôt que les estimations de mars dernier. La croissance retrouverait ensuite un niveau plus en phase avec un rythme de croisière proche de 2 % en 2023. Enfin, le marché du travail devrait confirmer sa résilience, grâce à l'ensemble des mesures d'urgence mises en place pour limiter les destructions d'emplois au cœur de la crise, puis à des créations nettes d'emplois assez significatives entre 2021 et 2023.

 

Les marchés actions européens font la course en tête

 

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas ; l’indice Euro Stoxx 50 qui regroupe les grandes capitalisations européennes progresse de près de 15 % depuis le début de l’année, devançant Wall Street avec un Nasdaq 100 (riche en valeurs technologiques) qui gagne 12,5 % et un Standard & Poor’s 500 qui tire un peu mieux son épingle du jeu avec un gain de 14,5 %. Une fois n’est pas coutume, l’indice parisien (CAC 40) est actuellement en tête des place boursières avec 18 % de hausse depuis le début de l’année et même plus de 20 % dividendes réinvestis. Il fait mieux que les bourses d’Amsterdam (16 %) et Milan (13 %), mais aussi que le Dax 30 de la bourse de Francfort (13 %), ainsi que l’Ibex de Madrid (10 %).
Désormais, les valeurs technologiques très présentes dans les indices américains ou émergents (moins en Europe) sont un peu plus à la traîne. Elles avaient été les grandes gagnantes de la crise sanitaire pendant la pandémie car les investisseurs s’étaient réfugiés sur ces havres de croissance prenant peu à peu la place dans les portefeuilles des obligations qui ne rapportaient plus rien. Au plus fort de la crise sanitaire, près de la moitié de la population mondiale s’est retrouvée confinée. Enfermée chez elle, celle-ci passait son temps sur internet à faire ses courses en ligne, à regarder des films ou des séries sur des plateformes de streaming (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, OCS...). Ces acteurs se sont trouvés en première ligne pour répondre à ces besoins. De même, le secteur des biotechnologies et celui des Medtechs (technologies médicales), très présents dans le Nasdaq ont également fait des étincelles pendant la crise sanitaire permettant au Nasdaq de bondir de plus de 40 % en 2020 grâce à la progression des géants de la Tech, les fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft).
Mais la donne a changé depuis novembre dernier et la découverte des premiers vaccins efficaces contre le Covid-19. Comme nous l’avons souvent rappelé dans nos précédents points mensuels, les marchés financiers ont immédiatement fait le pari d’un retour rapide de la croissance économique. Dès lors, les investisseurs ont entamé un vaste mouvement de rotation sectorielle dans leurs portefeuilles. Ils ont empoché leurs confortables bénéfices sur les valeurs technologiques américaines pour se positionner sur des titres européens plus cycliques et plus sensibles à la conjoncture. La reprise ayant été beaucoup plus précoce et prononcée aux États-Unis qu’en Europe, le phénomène s’est d’abord concentré sur les titres américains. Puis les investisseurs ont rapidement élargi le spectre en se tournant vers les marchés européens qui avaient bien plus souffert de la crise sanitaire et offraient un potentiel d’appréciation supérieur. Ils profitaient ainsi d’une meilleure visibilité sur l’Europe. En effet, la crise ayant apporté plus de cohérence au projet communautaire, l’appétit pour les actions du Vieux Continent s’est trouvé renforcé. Les bourses européennes sont plus riches en valeurs cycliques traditionnelles comme les grandes entreprises industrielles, les spécialistes du tourisme, de l’hôtellerie, des loisirs, de l’aéronautique, du pétrole, ou encore des matières premières, qui avaient particulièrement baissé l’an dernier et qui tirent désormais les indices vers le haut. A Paris, Saint-Gobain grimpe ainsi de plus de 50 % depuis le début de l’année, Stellantis de plus de 30 %, Veolia progresse de 29 %, Michelin de 27 % et Airbus 21 %. En 2021, les regards se portent sur les valeurs qui vont bénéficier du déconfinement. Les investisseurs préfèrent placer leur argent là où se joue la reprise. Cette rotation sectorielle s’est intensifiée au moins de février, lorsque les marchés ont commencé à redouter une reprise de l’inflation et lorsque les taux américains ont repris de la hauteur. En Europe les banques pénalisées par la faiblesse des taux qui ruine leurs marges figurent d’ailleurs parmi les plus fortes hausses en 2021. Le titre Société Générale est en tête du CAC 40 depuis le début de l’année avec un gain de près de 50 % et BNP Paribas s’adjuge 23 %. Cette belle dynamique du marché européen devrait encore se poursuivre grâce au soutien des Etats et de la BCE ainsi qu’à la formidable progression des valeurs françaises du luxe qui profitent de la position renforcée de la Chine depuis la crise. Ainsi, le numéro un mondial LVMH a progressé de plus de 30 % depuis le début de l’année. L’Oréal, affiche une progression de 20 %, Hermès de 38 % et Kering de 24 %.

 

Le secteur du luxe puissant moteur du CAC 40 

 

Depuis le début de l’année, la bourse de Paris affiche une confortable hausse de près de 18 % (CAC 40 à 6 560 points) et se rapproche à grands pas de son record du 4 septembre 2000, lorsque son indice phare avait flirté avec les 7 000 points. Celui-ci a rebondi de manière fulgurante (près de 80 % de hausse) depuis son point bas du mois de mars 2020, où il était tombé à près de 3 700 points. Il doit cette performance à une poignée de valeurs et notamment à la spectaculaire envolée des géants français du luxe.
Sortis renforcés par la crise sanitaire, ces cracks évoluent à des sommets historiques. Le numéro un mondial du secteur, LVMH, affiche une progression de plus de 50 % par rapport à son pic du mois de janvier 2020. Entré au CAC 40 il y a tout juste trois ans, Hermès a gagné plus de 60 % depuis son plus haut du début de l’année 2020, tandis que l’Oréal et Kering se sont respectivement adjugé 40 % et 22 %. Oublié le temps où le CAC40 était dominé par Total, Orange ou Sanofi, désormais le luxe écrase tout. LVMH, première capitalisation européenne (près de 340 milliards d’euros), pèse à lui seul plus de 15 % de l’indice. Aujourd’hui, les champions français représentent à eux quatre plus de 770 milliards d’euros en bourse, soit plus du tiers de la capitalisation de l’indice. Avant la crise sanitaire, leur poids était d’environ 25 %.

cac40

La mise sous cloche de l’économie mondiale pendant de longs mois n’a pourtant pas épargné le secteur. Résultat, entre la hausse des cours de bourse et le recul des bénéfices, les multiples de résultats (PER : Price Earning Ratio) se sont envolés ; le PE d’Hermès culmine à près de 90, celui de LVMH à environ 70 et L’Oréal et Kering se payent respectivement 60 et 43 fois leurs bénéfices. Toutefois, à l’instar des valeurs américaines de la Tech, ces repères de valorisations ont depuis longtemps volé en éclats pour ces valeurs de croissance. Les géants du luxe ont pratiquement toujours et dans toutes les configurations de marché battu les prévisions des analystes car leur potentiel reste sous-estimé. C’est visiblement l’avis partagé par l’immense majorité des investisseurs (on peut envisager de conserver ces valeurs en fond de portefeuille sans s’interdire de sécuriser ses bénéfices). Ces sociétés, implantées aux quatre coins de la planète, savent en effet chercher la croissance là où elle se trouve. Hier, en Europe et aux États-Unis, aujourd’hui et demain en Asie. La Chine s’est en particulier imposée comme une puissance économique et financière incontournable. Elle représente un relais de croissance pratiquement inépuisable pour le luxe français.

Après avoir traversé la pire crise de son histoire, le luxe connaît un redémarrage étourdissant. Suite à la pandémie de Covid-19, ce secteur a vu son chiffre d’affaires s’effondrer de 22 % en 2020 (217 milliards d’euros) et tomber sous son niveau de 2014. Mais depuis le premier trimestre 2021, il est reparti de plus bel au point de dépasser son niveau de janvier-mars 2019. La crise sanitaire serait-elle déjà oubliée ? Le rebond est tellement spectaculaire que les experts viennent de revoir à la hausse leurs prévisions. En début d’année ils envisageaient un retour au niveau de 2019 entre 2022 et 2023. Désormais, ils estiment possible à 30 % de chances de voir le luxe mondial retrouver son plus haut historique (à savoir 281 milliards d’euros) dès 2021 à condition que la tendance du début d’année se poursuive. Cela passe obligatoirement par une accélération mondiale de la vaccination et par un retour massif des clients en magasin. Mais le scenario le plus probable (70 % de chances) est un retour au niveau de 2019 en 2022 seulement, à cause d’un tourisme international encore limité et d’une reprise plus modérée des achats domestiques cette année.

Les géants français du luxe (les « KHOL » pour Kering, Hermès, L’Oréal et LVMH) sont bien placés pour profiter à plein de la reprise et voir leur cours de bourse poursuivre leur ascension car leur activité a mieux résisté que la moyenne au plus fort de la pandémie. Elle est repartie dès le second semestre 2020 alors que le marché était toujours en baisse. La rapidité du retour à la croissance des ventes est d’autant plus spectaculaire que les contraintes pesant sur le secteur continuent d’être lourdes.

1- D’abord, les magasins de luxe ont de nouveau été sous le coup de fermetures depuis l’automne dernier dans de nombreux pays frappés par les seconde et troisième vagues de Covid-19.
2- Ensuite, le très faible nombre de vols long-courriers a asséché le marché des magasins d’aéroport, un des segments qui s’était le plus développé ces quinze dernières années.
3- Enfin, plus préjudiciable encore, les Chinois, principaux clients du secteur, ont interdiction de voyager hors de leur pays, ce qui représente un manque à gagner pour les magasins de luxe dans le reste de l’Asie et en Europe de l’Ouest. Or, avant la crise, deux tiers des achats de luxe des Chinois étaient faits lors de leurs voyages à l’étranger. De plus, ces touristes dépensiers pouvaient contribuer jusqu’à la moitié du chiffre d’affaires des boutiques de certaines grandes capitales. Ce manque à gagner risque de se prolonger puisque Pékin ne semble pas prêt à autoriser les voyages de ses ressortissants à l’étranger, et ce au moins jusqu’à la fin de l’année. Par ailleurs, les autorités chinoises préfèrent privilégier les achats de luxe dans leur pays, quitte à créer des zones franches (hors taxes), comme sur l’île de Hainan, devenue un eldorado du luxe.

Malgré ces obstacles inédits, de bonnes nouvelles permettent d’envisager sereinement l’avenir du secteur :

1- Pour commencer, le marché de Chine continentale s’est remis en route il y a plus d’un an bien avant les autres pays du monde. Les ventes ont explosé dans les boutiques du pays, même si cela n’a pas compensé l’arrêt des achats à l’étranger.
2- Ensuite, internet a constitué un très fort relais partout dans le monde, à la fois en termes de communication et d’e-commerce. L’accélération des ventes en ligne a représenté l’équivalent de cinq ans de hausse ce qui a fini de convaincre les groupes de luxe d’accélérer leur virage vers encore plus de digital. Les spécialistes du secteur estiment que d’ici à 2025, un tiers du marché se fera en ligne.
3- Pour finir, le marché nord-américain, qui reste le premier au monde devant la Chine, est lui aussi reparti depuis le printemps grâce à l’avancée de la vaccination.

Finalement, du Japon à l’Europe de l’Ouest, les achats réalisés par les clients locaux sont repartis partout dans le monde. Cette euphorie s’explique par de multiples raisons. La pandémie n’a pas incité les amateurs de luxe à la frugalité, bien au contraire. Selon les experts du secteur, le phénomène psychologique Yolo « you only live once » c’est-à-dire « on n’a qu’une vie » a favorisé ce type de dépenses après des mois d’inquiétude durant lesquels l’épargne des ménages aisés a gonflé. Le rebond des ventes de produits de luxe a aussi été dopé par l’impossibilité de voyager et la fermeture des restaurants. Privés de luxe expérientiel, les clients fortunés se sont rabattus sur des biens tangibles. Lors de la crise de 2008, la chute des marchés financiers avait entraîné celle des ventes de luxe, en plombant le moral des clients. Cette fois, le rebond spectaculaire des places boursières et les perspectives macroéconomiques optimistes ont eu un effet euphorisant. Mieux encore, la reprise s’accompagne de la montée en puissance de clients plus jeunes. La génération « Z » (personnes nées depuis 1995) a été la première à revenir en boutique. Les grands gagnants sont les marques leaders, positionnées très haut de gamme, proposant des produits à prix accessibles, dotées d’un fort réseau de magasins en Chine et qui avaient anticipé la reprise dès le premier confinement. A ce titre, nos champions français sont en pointe ; les ventes de Louis Vuitton ont bondi de 52 % au premier trimestre (+ 37 % par rapport à début 2019) et celles d’Hermès de 44 % (+ 33 % /2 ans).


La belle renaissance des valeurs industrielles françaises

On disait l’industrie française moribonde, condamnée face à l’irrésistible montée en puissance des concurrents venus des pays à bas coûts. Les marchés voyaient la technologie tout balayer sur son passage or aujourd’hui, les investisseurs changent leur fusil d’épaule et redécouvrent les qualités de ces grandes entreprises qui enregistrent des performances boursières éclatantes depuis le début de l’année. Saint-Gobain s’adjuge près de 50 % et navigue à des sommets inconnus depuis plus de dix ans. L’ancienne manufacture royale des glaces est loin d’être un cas isolé. Arcelor Mittal affiche une hausse de près de 38 %, Stellantis, le groupe né de la fusion entre Peugeot et Fiat Chrysler, grimpe de plus de 30 % en 2021. Air Liquide, Michelin, Legrand ou Schneider Electric sont tous à des sommets historiques. Airbus, laminé par la crise sanitaire, retrouve également les faveurs des investisseurs, tandis que son carnet de commandes se remplit à toute vitesse par rapport à son éternel rival Boeing.
Loin de constituer un ensemble homogène, ces entreprises ont chacune leur propre histoire et leur propre trajectoire. Cependant, elles partagent un certain nombre de points communs ; des positions de tout premier plan dans leur secteur, une croissance régulière et une position de leader pour profiter de la reprise qui se dessine. Ces sociétés parfois centenaires ont traversé de nombreuses tempêtes au cours de leur histoire. Mais la crise sanitaire a été d’une violence extrême. Les grands industriels ont été confrontés à un double choc, sur l’offre, avec l’arrêt des chaînes de production mondialisées, puis sur la demande, avec le confinement de près de la moitié de la population mondiale. L’automobile et l’aéronautique ont été parmi les secteurs les plus touchés. Mais personne n’a été réellement épargné.
Durant cette période, les champions français ont démontré une résilience insoupçonnée. Beaucoup sortent renforcés de cette crise. Les industriels se sont livrés à des chasses drastiques aux coûts, ils ont fait le ménage dans leurs portefeuilles d’activités et sont souvent parvenus à améliorer leurs marges. Au premier trimestre, la plupart des grands industriels ont battu les attentes du marché.
Si Saint-Gobain caracole en bourse, ce n’est d’ailleurs pas un hasard. Aujourd’hui le titre coche toutes les cases pour séduire les investisseurs. La société a engagé il y a trois ans un vaste plan de cessions afin de se séparer des branches les moins rentables et les plus sensibles à la conjoncture. Ce mouvement s’est considérablement accéléré depuis un an. Saint-Gobain vient ainsi tout juste de finaliser la vente de Lapeyre. Dans le même temps, le groupe a renforcé son portefeuille dans les activités à plus forte valeur ajoutée, comme le bois de construction, et il met désormais le cap sur l’Asie où ses marchés sont en forte croissance. Saint-Gobain est également de plus en plus performant sur les critères environnementaux et devrait être l’un des grands bénéficiaires du plan de rénovation thermique en Europe. Le groupe prévoit de dégager un résultat d’exploitation historique et une marge record au premier trimestre.
Ces fleurons (Saint-Gobain, Schneider Electric, Legrand, Michelin etc) disposent également d’un autre atout maître. En pointe dans leurs secteurs respectifs, elles ont la possibilité de faire accepter à leurs clients finaux des hausses de prix. Ce « pricing power » devrait leur permettre de maintenir leur marge au moment où les prix des matières premières grimpent en flèche et où l’inflation se redresse. Un avantage dont profite également le leader mondial des gaz industriels Air Liquide, qui semble pratiquement insubmersible. Positionné sur un secteur avec de fortes barrières à l’entrée, il a traversé la crise pratiquement sans encombre. Enfin, les grands industriels français sont également de plus en plus performants sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernances (ESG). Stellantis, par exemple, met les bouchées doubles sur la voiture électrique. Le constructeur pilote déjà deux projets de gigafactory de batteries en France et serait en négociation pour une troisième unité en Italie. Ces véhicules propres (hybrides ou électriques) dont les ventes explosent et qui usent plus rapidement leurs pneus pourraient également faire le bonheur de Michelin. A l’image de Saint-Gobain, les groupes Legrand et Schneider Electric devraient bénéficier de la manne de la rénovation des bâtiments. Autrement dit, l’industrie française semble avoir encore de beaux jours devant elle.
 

 

Les marchés émergents toujours incontournables malgré une légère baisse de régime

 

Confiants dans la reprise économique et la relance des chaînes de production mondialisée, les investisseurs ont continué à miser sur ces lointains marchés. Ainsi, dans la foulée de leur remarquable performance du second semestre 2020, les actions émergentes ont débuté l’année 2021 sur les « chapeaux de roue ». En moins d’un mois et demi, l’indice MSCI Emerging Markets (indice des marchés d’actions des principaux pays émergents) s’était adjugé plus de 10 %. Mais il n’a pas tenu ses promesses et l’embellie fut de courte durée puisque depuis les sommets du mois de février, il a perdu l’essentiel du chemin parcouru. La chute a été particulièrement sévère sur les marchés chinois, qui font désormais du surplace en raison de la brutale remontée des taux d’intérêt américains qui a détourné les investisseurs de ces marchés réputés volatiles et risqués. Aux États-Unis, la rapidité de la campagne de vaccination et l’adoption d’un vaste plan de relance budgétaire ont stimulé la reprise économique faisant grimper en flèche les taux d’intérêt à long terme, à plus de 1,5 % (cf. points mensuels d’avril et mai). Depuis, le flux de capitaux vers les pays émergents se tarit et la crainte d’une répétition du pic de volatilité comme en 2013 semble resurgir. A l’époque, la perspective d’un coup de frein à la politique de la Fed plus rapide que prévu avait provoqué des sorties massives de capitaux des pays émergents en direction des États-Unis et de l’Europe. Pour éviter ce scénario catastrophe, les banques centrales de Turquie, de Russie ou du Brésil ont récemment relevé leurs taux d’intérêt, tandis que la banque centrale chinoise a maintenu une politique restrictive.

Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. La crise sanitaire a encore creusé les inégalités déjà très fortes qui existaient dans cet ensemble hétérogène. En Amérique latine, la pandémie sévit encore fortement ; l’Inde, qui semblait un temps sortie d’affaire, s’est retrouvée dans une situation catastrophique.
En revanche, la Chine sort considérablement renforcée. Elle a retrouvé le chemin de la croissance dès 2020 laissant toutes les grandes puissances de la planète en récession. Pour 2021, l’OCDE prévoit une croissance de 8,5 %, après une progression de 2,3 % l’an dernier. L’empire du Milieu est aujourd’hui le principal moteur de la reprise mondiale. Il y contribue à hauteur de 40 %, contre environ 25 % pour les États-Unis. Il est aussi ultra dominant dans l’indice des pays émergents. L’Asie représente 79 % du MSCI Emerging, la Chine environ 37 %, et Taïwan autour de 14 %. De nos jours, miser sur les Émergents revient à investir sur l’Asie du Nord et plus spécifiquement sur la technologie chinoise. Un pari loin d’être de tout repos, puisque l’année a été jusqu’ici très agitée sur les bourses chinoises. Fin février, les investisseurs ont empoché leurs bénéfices après le Nouvel An chinois. A court terme, des chocs sont toujours possibles, notamment sur le marché domestique des actions chinoises dominé par des actionnaires individuels très versatiles.
Mais à plus longue échéance, les spécialistes sont convaincus de l’immense potentiel des actions chinoises. La crise sanitaire a joué un rôle d’accélérateur pour des tendances déjà bien ancrées en Chine. Elle a considérablement accéléré la révolution technologique et modifié en profondeur les habitudes de consommation, mais aussi les relations de travail ou encore les modes de divertissement. A côté des tensions géopolitiques, toujours très vives avec les États-Unis et depuis peu avec l’Europe, la Chine est confrontée à des défis structurels majeurs, tels que le vieillissement de sa population ou la lutte contre le réchauffement climatique. Pour y faire face, elle a engagé de longue date un ambitieux programme de réformes. Il se décline en quatre grands axes qui sont autant d’opportunités d’investissement : la transition écologique, l’évolution des modes de consommation, la technologie, la santé et l’innovation médicale. La Chine recèle dans ces domaines les meilleures opportunités d’investissement de la planète pour les dix ou quinze prochaines années, à condition de privilégier une approche de long terme. C’est la raison pour laquelle nous maintiendrons toujours cette zone géographique au sein de notre portefeuille type.

 

Accord sur une taxation minimum des multinationales

 

Les pays du G7 (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Japon, France, Allemagne et Italie) sont parvenus à un accord pour une réforme historique de la fiscalité mondiale. Réunis à Londres début juin, les sept plus grandes puissances mondiales ont validé le principe d’un impôt minimum « d’au moins 15 % » pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Elles ont également donné leur feu vert à un mécanisme permettant de taxer les profits des grandes entreprises, dont les géants numériques, là où elles réalisent leur activité.
C’est une grande avancée dans une négociation mondiale débutée il y a sept ans, bloquée par Donald Trump puis relancée par J. Biden (cf. point mensuel d’avril). Cet impôt minimum mondial annonce sans doute la fin de plusieurs décennies de dumping fiscal et instaure la définition par les grandes nations occidentales de nouvelles règles pour une fiscalité du XXIème siècle équitable. Alors que les États font face à une montagne de dette aggravée par la crise du Covid, la mondialisation et la numérisation de l’économie avait permis aux grandes entreprises de tirer parti d’une course au moins-disant fiscal engagé par certains États. En Europe, l’Irlande et Chypre, où le taux d’impôts sur les bénéfices est de 12,5 %, se sont prononcés contre ce projet de taxation minimum. En pratique, cela signifie que l’État d’origine d’une multinationale imputera le différentiel d’impôt entre le taux appliqué localement là où elle déclare ses profits et les 15 %.
Dans un premier temps, J. Biden avait proposé 21 %, alors que la France et l’Allemagne avaient lancé la négociation à l’OCDE sur la base de 12,5 %. Afin de faciliter un compromis international, un premier pas à 15 % a été retenu. Pour la plupart des ONG qui réclament un taux de 25 %, ce premier accord est insuffisant pour s’attaquer aux paradis fiscaux comme la Suisse ou Singapour qui pratiquent un taux à peine supérieur à celui-ci. Selon Bruno Le Maire, « 15 % est déjà un bel exploit ». Le couple franco-allemand s’est battu pour rajouter dans le communiqué les termes « au moins » devant le chiffre de 15 %, afin de signifier qu’il s’agit du début d’une dynamique.
En synthèse, cet accord est à la fois historique et prometteur car il ouvre la voie à une augmentation progressive de ce taux jusqu’à 25 % dans les prochaines années. Après cette première étape du G7 à Londres, celle du G20 qui se réunit à Venise début juillet (avec notamment la Chine et la Russie) devra valider cette avancée. Parallèlement, un accord formel devra être conclu sous l’égide de l’OCDE par les 138 Etats membres ce qui ne sera pas une mince affaire. Par ailleurs, le volet sur la taxation du numérique pourrait aboutir d’ici deux à trois ans. La France, le Royaume-Uni et l’Italie ont résisté aux pressions américaines pour retirer leurs taxes nationales sur les GAFAM. Un taux minimum global pourrait entrer en vigueur partiellement plus tôt ; l’Europe prépare une directive pour la fin de l’année.

 

Le pétrole au plus haut depuis trois ans

 

Alors que le gros de la crise sanitaire semble désormais derrière nous, les cours des principales références mondiales de brut ne cessent de grimper, profitant des signaux de reprise de la demande sous l’effet des réouvertures des économies. Mais alors que de nombreux experts affirmaient après le krach historique de mars 2020 que la demande mondiale ne retrouverait peut-être jamais son niveau d’avant-crise, l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) a indiqué qu’elle voyait celle-ci atteindre un nouveau pic historique dès le quatrième trimestre 2022. Ainsi, la demande repart fort, notamment avec la reprise depuis juin du trafic aérien et prochainement le pic de consommation mondiale qui arrive traditionnellement en été (voyages, climatisations etc.). Pour autant, l’offre ne risque pas de repartir aussi vite qu’escompté en raison du manque criant d’investissements des groupes pétroliers depuis plusieurs années. Même si cette ascension du prix du baril marque actuellement une pause suite à la nouvelle flambée de Covid-19, la hausse du pétrole (75 dollars le baril de Brent) est bien partie pour se poursuivre à cause du déséquilibre entre l’offre et la demande. Celui-ci devrait continuer de se creuser en raison des facteurs suivants :

  • L'Opep+ (cartel qui regroupe 23 pays alliés ou membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole) qui réussit à faire respecter d'une manière très stricte les accords de limitation de production et qui gère parfaitement la remise sur le marché du pétrole retiré. Une réussite à mettre à l'actif de Mohammed ben Salmane (MBS), qui a réalisé un coup de maître en décidant de retirer unilatéralement 1 million de baril par jour (mbj) de plus que ce que prévoyaient les accords. Cette stratégie lui a offert une position de force vis-à-vis des autres membres du cartel contraints de respecter l’accord au risque de voir l’Arabie Saoudite remettre son million de barils sur le marché et de leur faire mal. Comme en 2014, cette menace d’inonder le marché a parfaitement fonctionné puisque le prix du baril ne cesse de progresser.
  • Le pétrole de schiste dont le niveau de production ne repart pas aussi vite et reste très loin du niveau d’avant crise en raison d’une logique de rentabilité qui prend le pas sur celle de la productivité qui avait cours jusqu'ici. Cette situation (sans doute provisoire) s’explique par les tensions inflationnistes présentent sur ce secteur, en particulier sur le prix des tubes en acier (+ 50 %) qui augmente le coût de production des nouveaux gisements.
  • La problématique du manque d'investissements. Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, s'attend à une pénurie de 10 millions de barils par jour (mb/j) en 2025. Les stocks ne pourront pas absorber la différence car l'Opep+ a bien orchestré les choses en les faisant baisser durant la crise sanitaire (2,96 milliards de barils contre un pic à 3,2 milliards mi-2020). Ainsi, nous pourrions aisément nous retrouver avec un baril à plus de 100 dollars dès le début de l'année 2022.
  • La période de transition énergétique très difficile à gérer pour les « supermajors » qui sont coincées entre le marteau et l'enclume ; d’un côté la pression politique de réduire leurs émissions de CO2 et de l’autre, leurs obligations vis-à-vis de leurs actionnaires. Dans son dernier rapport, l’AIE a incité ces groupes à arrêter leurs investissements dans l'exploration mais à augmenter leur production pour répondre à une demande croissante. Cette équation semble particulièrement difficile à résoudre puisque les puits existants ont un taux de déplétion (diminution de la quantité de pétrole produite) d'environ 4 à 4,5 % par an. Seule certitude, elles n’investiront plus massivement dans les énergies fossiles si on leur dit que plus personne ne voudra de leur pétrole d’ici quelques années.
  • Les négociations avec l’Iran concernant l’accord sur le programme nucléaire prennent du retard ce qui participe à la hausse des cours. Même si les discussions aboutissent, et rien ne laisse penser que les États-Unis changeront d’attitude sur ce dossier, un éventuel retour du pétrole iranien (suite à l’embargo du président Trump en 2018) a déjà été anticipé par le marché qui ne devrait pas être déstabilisé puisqu’on qu'on parle de seulement un million de barils par jour.

En conclusion, alors que l’Iran pourrait revenir sur le marché, l’OPEP+ et ses alliés débattent d’une augmentation du niveau de production en août (d’un demi-million de barils par jour (mb/j) équivalant à 0,5 % de la consommation mondiale. Quoiqu’il en soit, une telle ouverture des vannes serait insuffisante pour satisfaire la demande supplémentaire de pétrole et ne serait pas de nature à stopper la hausse du baril que certains observateurs voient atteindre les 100 dollars d’ici la fin de l’année.
Les grands exportateurs de pétrole, emmenés par l’Arabie saoudite et la Russie, prendront en compte, le rebond de l’activité économique mondiale bien installé depuis un an en Chine et particulièrement dynamique aux États-Unis et maintenant en Europe. Le débit des vannes sera soigneusement calé sur une reprise mondiale avérée. Or les nouvelles vagues du variant « Delta » et les mesures de confinements (Portugal, Australie, Thaïlande etc.) risquent de ralentir la reprise.

 

A surveiller dans les prochaines semaines :

  • évolution de la pandémie avec ces nouveaux variants
  • amélioration du taux de vaccination dans le monde
  • publication des résultats du 2ème trimestre
  • négociations sur le plan de relance américain (infrastructures)
  • indicateurs macro-économiques
  • evolution de la courbe des taux et de l’inflation
  • communications des banques centrales 

 

 

Voici les liens d’inscriptions des prochaines visio-conférences :

Mardi 6 juillet 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/3556898540351634189

Mardi 7 septembre 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/3529458029319706896

Jeudi 7 octobre 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/6568491675818199824

 

Bons investissements à tous, nous vous donnons rendez-vous le mardi 3 août pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller, le service CAPG Gestion Conseillée (pggc@lefil.com) et nous-même (nicolas.duplantier@lefil.com et pierre.kubis@lefil.com) sommes à votre entière disposition.prochain 

 

L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L'adaptation de nos propositions au profil d'investissement de chaque client suit 4 règles principales :

  • Cantonnement : définition d'un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d'assurance-vie)
  • Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d'assurance-vie 
  • Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
  • Communication/suivi : mail et article mensuel sur www.ca-pg.fr, visio-conférence mensuelle
     

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