Point mensuel mai 2021 - Investissements

02/06/2021 - 20 min de lecture

Thématiques de l'article hashtagDiversification du patrimoine

tout un mag pour vous

Point mensuel mai 2021 - Investissements

Des marchés actions en hausse grâce à de bons indicateurs macro-économiques et un marché obligataire stable dans un contexte de poursuite de la vaccination mondiale. Pour le quatrième mois consécutif, l’Europe est en hausse et progresse de 3 % ce mois-ci. Les Etats-Unis avec une performance proche de zéro à – 0,5 % voient l’écart avec le marché européen se creuser depuis le début de l’année. Les Emergents montent de 2,1 % tandis que le Japon reste stable. Le dollar s’est déprécié de 2 % face à l’euro (parité euro/dollar à 1,22) et le baril de pétrole augmente à 69,7 dollars (brent). Nos portefeuilles progressent ce mois-ci de 0,6 %.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive), notre avance est de 43,1 % avec une performance globale de 133,2 % depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 31/05/2021 :

Perfs global
Graphe

Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane, Espace Liberté et Anaé) au 31/05/2021.

 

Portefeuille type PEA : valorisation : 237 164 €

Perfs PEA

 

 

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane, Espace Liberté 1 & 2 et Anaé) : valorisation : 221 719 €

Perfs AV

 

Répartition du portefeuille actuel : 

Répartition

 

Point marchés

 

C’est la double interrogation qui agite depuis quelques semaines la sphère des marchés financiers sans pour autant les inquiéter outre mesure. L’inflation, cette spirale de hausse des prix et/ou des salaires, va-t-elle faire son grand retour et si oui, après avoir disparu des radars depuis plus d’une décennie, sera-t-elle de nature transitoire ou durable ? Son accélération alimentée par la flambée des cours de nombreuses matières premières a continué de faire bouger les bourses mondiales au cours du mois de mai. Ces tensions inflationnistes ne sont pour le moment, qu’un frémissement et il est bien évidemment trop tôt pour juger de son caractère pérenne ou pas, mais sa prise en compte doit bel et bien être considérée comme une information importante. Les marchés financiers étaient préparés à un pic d’inflation entre les mois de mai et juin. Ils l’attendaient même, mais peut-être pas aussi fort en avril aux États-Unis à 4,2 % sur un an en raison de l’arrêt de l’économie et de l’effondrement des cours du pétrole au printemps 2020. Ainsi, les anticipations d’inflation à 5 ans se situent aujourd’hui à environ 2,8 % (ce qui est haut) et à 2,6 % à 10 ans ; elles ont pris 10 points de base durant la seule journée de la publication. L’indice des prix (indicateur privilégié de la Fed) est ressorti très haut mais les marchés n’ont pour ainsi dire pas réagi. A l’image des banques centrales, ils semblent adhérer à l’analyse que cette poussée sera transitoire. Ce chiffre pourtant élevé a semblé presque anecdotique. Visiblement cette hausse des prix était déjà intégrée par les marchés étant donné que les taux du marché obligataire ont légèrement baissé et que simultanément, les actions ont plutôt progressé à la suite de cette annonce.

Depuis des mois maintenant, la Fed a fait le pari très fort de communiquer sur le fait que ce pic d’inflation serait un dérapage temporaire. Aujourd’hui tout va bien et les marchés ne doutent pas trop du caractère ponctuel de cette poussée inflationniste ni des intentions de la Fed de laisser inchangée sa politique monétaire. Donc pour le moment les marchés achètent le scenario d’une inflation temporaire mais qui se maintiendrait tout de même sur un niveau élevé (en moyenne supérieur à 2 %). Les investisseurs lui font confiance mais restent sur le qui-vive ; nous l’avons constaté à plusieurs reprises ce mois-ci avec davantage de volatilité lors de quelques prises de bénéfices. Lorsqu’elle revient sur le devant de la scène, l’inflation a cette particularité de facilement préoccuper les opérateurs de marché car elle est très difficile à prévoir, tant ses moteurs sont complexes et ses retombées délicates à cerner. Seule certitude, si elle devait s’installer durablement, les banques centrales qui déversent depuis des années des flots de liquidités sur les marchés seraient contraintes de donner un coup de frein à leurs politiques monétaires ultra généreuses. Les marchés qui profitent des largesses des institutions monétaires devraient alors se sevrer de cette manne providentielle. De plus, si l’augmentation des prix devait confirmer son retour, ils devraient également composer avec des taux d’intérêt orientés à la hausse. Ainsi, de peur d’être pris au dépourvu, les investisseurs doivent se préparer à cette double perspective qui finira bien par arriver un jour ou l’autre.

Cependant, force est de constater que les craintes liées à ce pic inflationniste n’ont pas pour autant mis un coup d’arrêt à la course en avant des bourses mondiales. Ainsi les principaux indices enregistrent des performances comprises entre + 5 % et + 16 %. Les places boursières européennes continuent de faire la course en tête. Le rythme effréné du rebond des marchés actions devrait sans doute continuer de se calmer dans les prochains mois. D’ailleurs il est possible que cette tendance au ralentissement ait commencé ces derniers jours faute de nouveaux catalyseurs. Si la hausse devait ralentir, ce serait probablement d’abord aux États-Unis, puis en Europe mais nous n’en sommes pas encore là. Compte tenu du décalage de l’Europe dans le cycle de reprise économique par rapport à la Chine et aux États-Unis, le Vieux Continent devrait à un moment donné représenter un possible relais de croissance. Cette désynchronisation relative peut être rassurante pour les investisseurs qui d’ailleurs ne s’y trompent pas puisque ces derniers temps, le marché européen surperforme assez nettement les autres places boursières. Soulignons à ce propos les récentes études de la banque d’investissement américaine Morgan Stanley concernant les flux d’achats d’actifs de la part des investisseurs américains. Ils indiquent que ces derniers se diversifient désormais vers l’Europe. Habituellement, ils vont plutôt chercher leur source de diversification internationale vers les pays émergents or, dernièrement ils choisissent l’Europe, zone d’investissement qu’ils avaient tendance à négliger (voire à écarter) depuis quelques années. Ce constat est plutôt un bon signe en termes de visibilité pour le marché européen des actions. Ainsi, l’indice de la zone euro (l’Euro Stoxx 50 à 4 204 points +14,5 %) se rapproche doucement de son sommet d’octobre 2007 (à 4 480 points). La Bourse de Francfort (Dax 30 à 15 420 points +12 %) est à son plus haut historique et à Paris, le CAC 40 (à 6 484 points + 16,8 %) poursuit gentiment sa progression en s’éloignant petit à petit de ses niveaux de février 2020 juste avant l’explosion de la crise sanitaire (6 111 points) mais également de 2007 (6 200 points) juste avant la crise des subprimes. Désormais, nous pouvons raisonnablement considérer à portée de main le record historique des 7 000 points juste avant l’éclatement de la bulle internet en septembre 2000. Pour rappel, la performance réelle tient également compte des quelques 10 000 points de dividendes versés et réinvestis sur cette période, soit pratiquement un triplement du capital y compris depuis ce point haut de 20 ans.
La tendance est toujours largement positive à Wall Street où l’indice de référence des professionnels, le Standard & Poor’s 500 (à 4 200 points + 11,9 %) navigue toujours au-dessus de ses plus hauts historiques. De son côté le Nasdaq (à 13 748 points + 6,6 %) aura un peu souffert durant le mois de mai (- 3 %) en raison de prises de bénéfices sur les valeurs technologiques. Le Japon (+ 5 %) et les Emergents (+ 4,3 %) conservent quant à eux une performance positive depuis le début d’année.

 

Convictions d’investissements

 

Les indicateurs sur le plan macro-économique sont bons et rassurants. L’activité manufacturière se stabilise après une phase de forte hausse ces derniers mois et les services accélèrent de manière significative. Selon nous, la crainte d’une correction à brève échéance n’est toujours pas d’actualité. Des accidents dans la campagne de vaccination ou de nouvelles mutations du virus sont évidemment toujours possibles, mais au pire, ils provoqueraient tout au plus une prise de bénéfices plus ou moins marquée de - 5 % à - 10 % autrement dit des fluctuations tout à fait classiques dans une année « normale » de hausse de la bourse qui ne monte jamais en ligne droite. Par conséquent, un krach boursier, c’est-à-dire une correction supérieure à – 20 %, ne doit pas être redouté même si d’expérience, ce type d’évènement n’est jamais à exclure. La hausse des actions est entretenue par les politiques monétaires des banques centrales qui maintiennent les taux d’intérêt très bas et inondent les marchés de liquidités. Les perspectives de croissance économique pour les trimestres à venir sont au beau fixe et les campagnes vaccinales contre le Covid-19 soutiennent ces bonnes prévisions. Les investisseurs justifient toujours les valorisations élevées par une lecture optimiste de l’avenir car ils partent du principe qu’en cas de correction sur les marchés, les banques centrales interviendront. Or, dans l’immédiat ces dernières n’ont aucune raison d’envisager de normaliser leur politique monétaire. Ce nouvel univers financier de taux historiquement bas demeure toujours un gage de sécurité.

Nous maintenons en tout point notre stratégie des derniers points mensuels. Les pays développés sont bien inscrits dans un scenario de reprise forte tout en restant très dépendants de la situation sanitaire mondiale. Plus la réouverture des économies accélère, plus la reprise économique sera soutenue. Néanmoins, ne perdons pas de vue que nous restons toujours extrêmement dépendants des progrès des politiques de vaccination. Tant qu’une grande majorité de la population mondiale n’est pas vaccinée, nous restons à la merci de nouveaux variants. Loin d’être déstabilisés, les investisseurs continuent de s’appuyer sur le discours rassurant des banques centrales et en particulier celui de la Fed. Ils restent confiants pour la suite et considèrent que la sortie de cette crise sanitaire et économique est de plus en plus proche de nous. Les campagnes de vaccination continuent de monter en puissance ce qui soutiendra la croissance et favorisera les bons résultats des entreprises. Fort de ces perspectives rassurantes, la marche en avant des places boursières depuis le début de l’année se poursuit sur fond d’une reprise de la croissance économique revue dernièrement à la hausse par l’OCDE à + 5,8 % en 2021 (vs + 5,6 % attendu en mars dernier).

Nous considérons toujours que le retour à la normale de l’activité économique mondiale devrait se situer à horizon fin 2021 début 2022 et qu’il dépendra principalement de l’évolution de la situation sanitaire ainsi que de l’accessibilité des vaccins à l’ensemble des populations. Nous voyons bien que les rares phases de repli durent le temps d’un battement d’aile car les marchés se projettent quoi qu’il arrive vers la sortie de cette pandémie. Certains investisseurs utilisent le prétexte des craintes inflationnistes pour prendre une partie de leurs importants bénéfices ce qui explique quelques séances de baisse un peu plus marquées durant le mois de mai, opportunités immédiatement mises à profit par d’autres pour rentrer sur les marchés. Ces derniers sont nombreux à considérer qu’en cas de baisse plus prononcée des places boursières, les banques centrales devraient prendre immédiatement les mesures qui s’imposent pour stopper l’éventuelle correction. Toute consolidation pourrait ainsi constituer un point d’entrée. De légères prises de bénéfices sont inévitables et même salutaires. Elles offrent aux marchés actions une respiration pour mieux repartir grâce au soutien de la consommation des ménages, à la réouverture des secteurs de l’économie à l’arrêt, à la croissance des bénéfices des entreprises et aux plans de relance des Etats. Selon nous, le principal risque pouvant contrarier ces prévisions viendrait de nouvelles mesures de restriction ou de confinement ce qui conduirait à un décalage de la reprise. A ce stade de la crise sanitaire, une telle situation pourrait se produire en cas d’inefficacité des vaccins face à de nouveaux variants ou de difficultés à vacciner une proportion suffisante de la population. Ce dernier danger ne peut évidemment pas être écarté. Nous pouvons même considérer que le seul rempart à de nouvelles vagues du virus pour une réouverture complète de l’économie dépendra de l’avancée de la vaccination vers une immunité collective salvatrice. Or, nous constatons que les Etats les plus en avance dans la vaccination comme Israël (63 %), le Royaume-Uni (58 %), le Chili (55 %) ou les États-Unis (50 %) butent contre le plafond de verre du « syndrome du vacciné » ; ce dernier se croit protégé par une 1ère dose « totem » symbole d’immunité.

 

La remontée du marché obligataire

 

Le mouvement de relative remontée des taux d’intérêt de l’État français s’est accéléré ces dernières semaines. Récemment, le rendement des obligations à dix ans a franchi le seuil des 0,2 % (il est revenu depuis proche de 0,1 %) quand il évoluait encore entre - 0,3 % et - 0,2 % au début de l’année. Ce retour dans le vert après deux ans passés en territoire négatif avait été anticipé. Pour l’instant, les économistes ne s’alarment pas de la remontée des taux depuis le début de l’année mais le phénomène pourrait provoquer des secousses sur les marchés (obligataires et actions) et perturber la reprise si jamais les taux d’intérêt des emprunts d’État américains à dix ans (la référence du marché obligataire) augmentaient trop rapidement. Cette remontée assez spectaculaire (même si en absolu les taux restent proches de zéro) concerne l’ensemble des obligations souveraines européennes. Le rendement de l’obligation allemande à dix ans (Bund référence en zone euro) atteignait dernièrement - 0,13 % versus - 0,57 % en début d’année quand celui de l’Italie se situait à 0,97 % versus 0,5 % il y a cinq mois. Cette hausse généralisée des taux s’explique principalement par la perspective d’une réouverture de l’économie sur fond de sortie de la crise sanitaire.

Les États-Unis, dont l’activité a redémarré plus vite qu’en Europe, ont connu une phase identique au début de l’année. Au premier trimestre, le rendement des obligations américaines à 10 ans était en effet passé de 0,9 % à 1,74 % soit un quasi doublement. L’envolée des taux s’est accompagnée outre-Atlantique d’une accélération de l’inflation en raison notamment de l’effondrement des cours du pétrole au printemps 2020.
Ils sont en avance (de quelques mois) sur l’Europe dans le cycle de reprise. Mais surtout, le Vieux Continent n’a pas poussé aussi loin dans la démesure les stimuli budgétaires. A ce jour, économistes et investisseurs ne s’affolent pas et font confiance aux banques centrales. Les anticipations exprimées par le marché ne pointent pas l’enclenchement d’une spirale inflationniste (prix-salaires) durable mais plutôt une poussée temporaire (à court terme) suivi d’un reflux vers une normalisation. Janet Yellen (actuelle secrétaire d’Etat au Trésor américain) a laissé entendre que les taux directeurs américains pourraient devoir être légèrement relevés afin d’éviter une surchauffe de l’économie. Côté européen, une telle perspective n’est pas à l’ordre du jour car elle représenterait un véritable coup de massue pour l’économie européenne qui commence tout juste à se projeter vers la reprise après cette crise sanitaire. De plus, les entreprises françaises qui sont parmi les plus endettées des pays développés en pâtiraient particulièrement.

 

Une inflation américaine sous surveillance

 

Le thème du retour de l’inflation nourrit les débats depuis plusieurs semaines (cf. nos points mensuels de mars et avril). Ce sujet autour de la hausse des prix et des salaires est évidemment la conséquence directe de l’ensemble des mesures de soutien et de relance qui ont été prises suite à la crise sanitaire et à la récession économique. Nous pouvons raisonnablement considérer que ces tensions inflationnistes resteront d’actualité encore quelques temps jusqu’à ce que la situation économique soit revenue à la normale. Comme souvent avec ces grands sujets économiques, les opérateurs financiers redoutent une éventuelle contagion à l’Europe, ce qui pourrait menacer la stabilité financière. Les marchés aiment bien se faire peur en se remémorant des époques d’un autre temps, quitte à négliger le fait qu’aucune période antérieure n’est comparable avec la situation que nous vivons depuis bientôt un an et demi. Qu’il s’agisse des causes de cette crise économique ou des remèdes apportés (plans de soutien et de relance budgétaires et monétaires), tout dans cette crise est de l’ordre de l’inédit. Autrement dit, les parallèles avec un monde où la hausse des prix était à deux chiffres, où l’épargne s’évaporait et où les taux de crédit s’envolaient n’ont pas grand sens. Le spectre de l’inflation des années 1970 revient dans les mémoires depuis que la réouverture des économies s’accompagne de forts rebonds des prix. Alors s’agit-il d’une simple secousse technique et d’un rattrapage après une crise historique ou bien d’un changement d’ère économique ? La question divise économistes chevronnés et grands argentiers de la planète.

L’inquiétude en fait est venue des États-Unis. La publication d’une inflation au mois d’avril à 4,2 % sur un an (+ 0,9 % entre mars et avril) a semé le trouble sur les marchés financiers. Expurgée des secteurs volatils de l’énergie et de l’alimentation, la hausse atteint 0,9 % sur un mois (3,1 % sur un an) soit un plus haut depuis quarante ans. Certaines matières premières comme le cuivre, le bois de construction, le plastique, l’acier et bon nombre de produits métallurgiques ont vu leur demande exploser et leur cours s’envoler entre + 10 % et + 40 %. Fortement touchée par les problèmes d’approvisionnement en raison du manque de containers dans le fret maritime (prix multiplié par cinq) et des tensions sur les semi-conducteurs, l’industrie a été très affectée. Cela s’est traduit par des arrêts de production dans certains secteurs, comme par exemple celui de l’automobile frappé par la pénurie de puces électroniques. Tous ces problèmes ont conduit certains acteurs comme Ford ou Renault à annoncer des augmentations du prix de leurs voitures. Mais il fallait s’attendre à cette poussée inflationniste car, une fois vaccinés et déconfinés, les Américains profitent de leur épargne abondante gonflée par les chèques délivrés par le gouvernement pour consommer à tout va : fréquentation des bars et restaurants, achat de voitures d’occasion (bond des prix de 10 % en avril et de 48 % depuis un an), réservation de billets d’avion (+ 10 %) et de chambres d’hôtel (+ 9 %). Ce constat après des mois interminables de restrictions et de confinement est selon nous tout à fait logique mais surtout passager. Nous sommes dans le cas typique du phénomène de rattrapage pour des secteurs qui étaient encore à l’arrêt il y a peu de temps et qui redémarrent progressivement. Aussi spectaculaires soient-ils, les prix de ces prestations sont toujours en-dessous de ce qu’ils auraient été sans la crise du Covid-19, ce qui permet de relativiser l’ampleur du mouvement. Les marchés étaient préparés à ce pic d’inflation en avril, mai et juin. Ils l’attendaient, sans doute pas si haut, mais tout l’enjeu sera d’analyser son caractère temporaire ou plus durable.

Cependant, ces explications aussi rationnelles soient-elles ne suffisent pas à clore définitivement le débat car ces hausses de prix des services s’accompagnent également de goulots d’étranglement, ce qui alimente les pressions inflationnistes. Cet emballement n’a rien d’étonnant car il est la conséquence d’un retour de la demande mondiale qui crée de fortes tensions. D’ordinaire, le plus compliqué après une récession, c’est de stimuler la demande ; avec cette crise atypique, c’est l’offre qui peine à suivre. Contrairement à une guerre qui aurait détruit l’appareil productif, la pandémie elle, l’a perturbé. Mais celle-ci pourrait-elle aussi marquer un tournant avec la fin d’un cycle de trente ans de prix maîtrisés ? D’autant que concernant l’autre pilier de l’inflation, nous constatons qu’une hausse des salaires s’amorce dans certains secteurs. En effet, de nombreux employeurs américains peinent à recruter, malgré un chômage encore élevé. Le secteur de la restauration, certaines grandes entreprises comme Amazon ou McDonald’s ont dû relever les rémunérations. Aux Etats-Unis, les effets du rebond plus forts qu’attendu nourrissent les craintes d’une inflation déjà élevée.
En Europe, nous ne sommes pas au niveau de la surchauffe redoutée outre-Atlantique même si l’inflation s’est réveillée à 1,6 % en avril contre - 0,3 % en décembre. Les prévisions de la BCE pour cette année se situent autour de 1,5 %, 1,2 % l’an prochain et 1,4 % en 2023. Nous sommes donc loin du scenario d’hyperinflation des années 1980, où les prix s’envolaient à plus de 5 % voire 10 % par an. Selon la BCE, les prix devraient connaître en 2021 une augmentation avant de décliner en 2022. A ce titre François Villeroy de Galhau (gouverneur de la Banque de France) écarte tout risque d’un retour durable en zone euro.
Ces dernières semaines les marchés surveillent l’absence de signaux qui annonceraient la fin de la politique accommodante des banques centrales, ces liquidités abondantes qui leur permettent de racheter sans limite les dettes émises par les États. Le taux américain à dix ans a pratiquement doublé en six mois, à 1,6 %, celui de la France est repassé en territoire positif. Le risque de contagion des États-Unis à l’Europe via les taux existe car le taux à 10 ans américain est très important pour toutes les classes d’actifs. C’est le baromètre du marché qui explique les niveaux actuels de valorisation des actions. Les banques centrales se retrouvent quelque peu prises au piège de leur discours. Pour l’heure, la Réserve fédérale américaine écarte toujours le risque inflationniste à court terme ainsi que toute inflexion imminente de sa politique monétaire. Cela n’a néanmoins pas empêché Janet Yellen (ex-présidente de la Fed) d’évoquer la possibilité d’une légère augmentation des taux d’intérêt afin d’éviter une surchauffe de l’économie américaine. Dans le même sens, certains économistes comme Andy Haldane (Banque d’Angleterre) alertent sur le risque pour la reprise de « laisser le génie de l’inflation » s’échapper de la bouteille. Un resserrement des conditions de crédit pour lutter contre une hausse des prix incontrôlée risquerait de tuer la reprise dans l’œuf et de provoquer une crise financière.

En conclusion, cet emballement de l’inflation n’a rien d’étonnant car il est la conséquence d’un retour de la demande mondiale qui crée de fortes tensions. Il s’agit selon nous d’un phénomène temporaire (analyse qui prédomine) lié au rattrapage logique après une année 2020 historique qui aura vu l’économie mondiale se contracter de 3,5 %. Si les marchés devaient se mettre à douter (scenario toujours possible même si peu partagé) c’est-à-dire à parier sur une inflation qui s’installerait vraiment, cela pourrait faire monter les taux d’intérêt et compromettre la fragile reprise surtout si cette remontée devait être trop brutale. A l’inverse, une remontée lente et progressive serait le scenario idéal. La vigilance dans les prochaines semaines est donc de mise. Entre le statu quo actuel et une future inflexion de la politique monétaire, les banquiers centraux vont devoir soigner leur communication ainsi que leurs annonces.

 

La Fed au centre de toutes les attentions

 

Le taux de l’inflation américaine est certes impressionnant, mais les effets de base jouent énormément et les comparaisons entre les différentes composantes sont très défavorables par rapport à ce qu’il s’est passé il y a douze mois. Souvenons-nous que l’an dernier à la même époque nous étions sur des économies paralysées avec un commerce mondial qui avait lourdement chuté. Pour rassurer les marchés sur ses intentions de maintenir sa stratégie inchangée, la Fed rappelle depuis des mois maintenant qu’elle est tout à fait prête à tolérer un certain temps une inflation au-dessus de son objectif cible (à savoir une inflation moyenne de 2 %) afin de compenser son faible niveau des années précédentes. Elle martèle également régulièrement que toute inflexion de sa politique monétaire dépendra en priorité de la situation du marché du travail auquel elle est particulièrement attentive puisque ramener l’économie américaine vers le plein emploi est une de ses priorités. Or, aussi dynamique soit la reprise, celle-ci ne permet pas de créer instantanément autant d’emplois qu’il le faudrait pour revenir au niveau d’avant crise. L’emploi est un indicateur retardé de l’économie, cela peut prendre du temps avant que les restrictions de mobilité ne soient complètement levées et que les aides (particulièrement généreuses pour cette crise) aient disparu. Ainsi, comme c’est le cas après chaque sortie de crise, l’emploi ne repart pas aussi vite que l’activité économique. Ce sera d’autant plus le cas cette fois-ci en raison des mutations profondes comme la mise en place du télétravail, des emplois qui ont été mis en sommeil durablement par manque de visibilité concernant le retour à la normale de certains secteurs ; du coup, le marché de l’emploi qui est au centre de la stratégie de la Fed sera déterminant. C’est ce qui nous protège d’un resserrement trop précoce et rapide de sa politique monétaire, selon nous pas avant l’été 2022. En effet, il manque toujours aux Etats-Unis environ 8 millions d’emplois or, si on se base sur un rythme de 500 000 créations d’emplois par mois il faudrait encore 16 mois pour revenir au plein emploi, c’est-à-dire pas avant l’automne 2022 ce qui laisse encore du temps aux marchés pour se préparer à cette échéance.

Alors justement, les investisseurs échafaudent tous les scenari pour tenter de deviner à quel moment la Fed pourrait annoncer le début du ralentissement de ses achats d’actifs (le tapering). Quel serait le calendrier des premiers signes d’un resserrement de la politique monétaire de la Fed ? A l’été 2021, fin 2021 ou seulement en 2022 ? Nous pouvons imaginer qu’actuellement les membres de la Fed sont en train de réfléchir au moment où ils commenceront à l’envisager car dès que les discussions sur le tapering commencent, cela suffit pour créer de la volatilité. En 2013, la Fed a commencé à en parler dès janvier, puis il a réellement démarré en décembre de la même année et ce n’est qu’en octobre 2014 que les achats d’actifs se sont terminés ; c’est donc un long processus. Les marchés réagissent souvent en amont de ces discussions mais beaucoup moins une fois que le tapering est lancé. A l’époque les taux d’intérêt avaient fortement monté pendant la phase de réaction des marchés au moment de l’annonce, puis ils avaient rebaissé lorsque le tapering avait effectivement débuté.

Depuis dix-huit mois, énormément d’évènements inédits se sont produits. La crise traversée était inédite et les réponses apportées l’étaient tout autant. Nous nous retrouvons donc après ce choc dans une phase de totale expérimentation tout en nous raccrochant à de grands principes et en nous disant que l’appréciation de la situation est la bonne. En gros, tout va bien se passer malgré le degré d’incertitude qui rend la tâche assez compliquée pour deviner les niveaux d’inflation dans les prochains mois. Le point rassurant est qu’en cas de prolongement de ce pic inflationniste, les banquiers centraux connaissent les remèdes pour lutter contre l’inflation. C’est la raison pour laquelle Janet Yellen rappelle que même si elle devait durer, les banques centrales disposent de tous les outils pour y faire face. Il suffit de procéder à un resserrement progressif de la politique monétaire (hausse des taux directeurs) et de l’intensifier si nécessaire. Bref, les obstacles ne sont pas insurmontables, alors qu’à l’inverse, lutter contre un scenario de déflation (comme ces dix dernières années) est beaucoup plus compliqué. Les banquiers centraux ont dû faire preuve de beaucoup d’imagination et expérimenter de toutes nouvelles stratégies comme par exemple le fameux assouplissement quantitatif (quantitative easing). Il va falloir encore attendre (jusqu’à la fin de l’année) pour être fixé sur ce caractère transitoire ou non de l’inflation. D’ici là, les marchés vont peut-être se faire un peu peur et s’emballer, mais pour le moment ils semblent faire totalement confiance à la Fed. Pour preuve, la bonne résistance des marchés obligataires avec un taux des obligations américaines à 10 ans qui évolue entre 1,55 % et 1,75 % (actuellement à 1,58 %). Le scenario d’une hausse graduelle des taux obligataires est même idéal pour la Fed, c’est ce qui explique la poursuite de la progression du marché des actions.

En résumé, la Réserve fédérale américaine a fait ce pari très fort d’avoir un positionnement très accommodant (dovish) en martelant au marché qu’elle ne modifierait pas sa politique monétaire, qu’elle ne retirerait pas les programmes de rachat d’actifs, qu’elle n’envisagerait pas la hausse de ses taux directeurs tant que l’économie américaine ne serait pas revenue au plein emploi et que l’inflation serait en moyenne à plus de 2 %. Il est donc encore trop tôt pour juger de la durée et de l’ampleur de ce phénomène d’inflation. Nous commençons à peine à sortir d’une crise exceptionnelle et les économies ont été incroyablement désorganisées. Tout ne peut revenir dans l’ordre aussi rapidement. Des tensions sont normales et tant que les marchés anticipent une inflation de moyen terme située dans une fourchette de 2 % à 2,5 % (même 3 % n’aurait rien de dramatique pour les économies et le remboursement de la dette), le scenario est parfait. Les marchés seront en revanche très vigilants pour voir si la Fed sera dépassée ou non par la situation. Nous sommes à quelques mois d’un point d’inflexion majeur dans l’orientation de la politique monétaire américaine, avec sans doute dans les semaines à venir une première étape annonçant une réduction très progressive du programme de rachats d’actifs. La Fed sera réellement au centre du jeu et de l’attention d’autant plus que nous ne connaissons pas encore exactement sa fonction de réaction depuis qu’elle expérimente sa nouvelle approche avec une cible d’inflation autour de 2 %. Dans tout son discours, nous sentons depuis des mois sa capacité à accepter plus d’inflation dans une économie pratiquement en surchauffe afin de permettre un maximum de créations d’emplois et ramener le taux du chômage au même niveau qui prévalait avant la crise (3,5 %). L’alignement politique entre la stratégie de la Fed et la nouvelle administration américaine en faveur de l’emploi pour réduire les inégalités et imposer aux entreprises de monter les salaires est quasi parfait. Nous devrons selon nous attendre a minima la fin de l’été et les rendez-vous de Jackson Hole (fin août) puis de Sintra (en septembre) pour savoir si la Fed annonce qu’elle réfléchit à la réduction de ses achats d’actifs et donne la visibilité d’un calendrier. Mais rien n’est moins sûr et il faudra peut-être patienter jusqu’à la fin de l’année pour être fixés. Tant que les anticipations d’inflation à moyen terme ne dérapent pas vraiment, il n’y a pas de raison de craindre un retour en récession ni un krach majeur sur les marchés.

 

 

A surveiller dans les prochaines semaines :

  • évolution de la pandémie en Asie, Europe et en Amérique Latine
  • accélération du rythme des campagnes de vaccination en Europe et lancement des nouveaux vaccins
  • plans de relance en Europe et aux États-Unis (infrastructures)
  • indicateurs macro-économiques
  • évolution de la courbe des taux et de l’inflation
  • communications des banques centrales 

 

 

Voici les liens d’inscriptions des prochaines visio-conférences :

Mardi 8 juin 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/7379191284531768592

Mardi 6 juillet 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/3556898540351634189

Mardi 7 septembre 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/3529458029319706896

Jeudi 7 octobre 2021 https://attendee.gotowebinar.com/register/6568491675818199824

 

Bons investissements à tous, nous vous donnons rendez-vous le vendredi 2 juillet pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller, le service CAPG Gestion Conseillée (pggc@lefil.com) et nous-même (nicolas.duplantier@lefil.com et pierre.kubis@lefil.com) sommes à votre entière disposition.

 

L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L'adaptation de nos propositions au profil d'investissement de chaque client suit 4 règles principales :

  • Cantonnement : définition d'un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d'assurance-vie)
  • Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d'assurance-vie 
  • Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
  • Communication/suivi : mail et article mensuel sur www.ca-pg.fr, visio-conférence mensuelle
     

HASHTAGS

Liste de liens thématiques naviguez avec la touche navigation lien #Diversification du patrimoine #Article

Aller au début de la liste Aller à la fin de la liste