Point mensuel novembre 2022 - Investissements

12/12/2022 - 20 min de lecture

Rubrique : Fiscalité

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Point mensuel novembre 2022 - Investissements

Les marchés actions ont prolongé au mois de novembre le puissant rebond entamé fin septembre, enregistrant ainsi une neuvième semaine de hausse d’affilée. La poursuite de cette forte accélération trouve son origine début novembre après la publication, meilleure qu’attendu, des chiffres de l’inflation aux États-Unis. Cette nouvelle rassurante est venue renforcer les espoirs des investisseurs de voir la Réserve fédérale ralentir le rythme du resserrement de sa politique monétaire. La zone euro a ainsi bondi de 9,59 % tandis que les États-Unis et le Japon ont progressé respectivement de 5,51 % et 1,38 %. Une fois n’est pas coutume la performance la plus spectaculaire est venue des Emergents avec + 14,6 %. Les cours du pétrole sont repartis à la baisse à 80,56 dollars le baril de brent (- 8,29 %). L’euro est bien remonté face au dollar à 1,0423 (+ 5,4 %) mais reste en baisse de 9,45 % depuis le début de l’année. Le billet vert est moins recherché comme valeur refuge lorsque l’horizon s’éclaircit. Nos portefeuilles progressent ce mois-ci de 2,3 %.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive), notre avance est de 46,9 % avec une performance globale de 127,3 % depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 30/11/2022 :

perfs global
graphe

Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane, Espace Liberté et Anaé) au 30/11/2022.

 

Portefeuille type PEA : valorisation : 232 022 €

perfs pea

 

 

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane, Espace Liberté 1 & 2 et Anaé) : valorisation : 215 162 €

perfs ass vie

 

Répartition du portefeuille actuel : 

répartition

 

Point marchés


En ce mois de novembre, le Père Noël a pris de l’avance pour l’ensemble des places boursières. Les marchés mondiaux ont en effet poursuivi leur rebond ininterrompu depuis plus de deux mois maintenant ce qui constitue la meilleure série depuis quatre ans et demi (mai 2018). Après le fort rebond des marchés actions au mois d’octobre, novembre aurait pu être le mois d’une respiration voire même d’une prise de bénéfices nécessaire de la part des investisseurs. Bien au contraire, ces derniers ont continué à se laisser porter par cette vague de hausse mais surtout par l’idée d’une certaine modération attendue du resserrement monétaire.

En effet, ce rebond boursier doit beaucoup à la détente des taux d’intérêt de long terme. Des deux côtés de l’Atlantique les rendements souverains ont retrouvé leur niveau de début septembre. Ils ont perdu environ 70 points de base par rapport à leurs pics respectifs de mi-octobre après l’annonce début novembre de la baisse surprise de l’inflation pour le mois d’octobre aux Etats-Unis. Cette nouvelle a donc renforcé les espoirs d’une approche plus équilibrée des banques centrales (y compris de la Réserve fédérale) avec un rythme à venir de relèvement des taux plus lent. Ainsi, la Fed pourrait être amenée à ralentir dans sa lutte contre la hausse des prix après une succession de tours de vis sans précédent depuis mars dernier (400 points de base de hausse). En plus de cet évènement majeur, les marchés actions ont également bénéficié des excellentes publications des résultats des entreprises au troisième trimestre et de la décision de la Chine de rouvrir progressivement son économie.

Malgré un contexte toujours incertain et des marchés encore volatils, ces différents évènements ont donc redonné de l’air aux marchés. Les principaux indices ont enregistré globalement de belles performances durant le mois de novembre avec un indice des valeurs mondiales (MSCI World) qui progresse de 6,79 %. La zone euro s’est particulièrement distinguée avec un Euro Stoxx 50 qui a bondi de 9,59 %. Les meilleures performances reviennent aux bourses de Francfort et de Paris avec respectivement + 8,62 % et + 7,53 %. A Wall-Street, le Standard & Poor’s 500 et le Nasdaq ont progressé respectivement de 5,51 % et 4,36 % mais comme le mois dernier, le Dow Jones (plus vieil indice du monde) reste devant les deux autres grands indices américains avec une performance de + 5,66 % soulignant le retour de la vieille économie. En Asie, l’indice Nikkei japonais ralenti un peu le rythme par rapport au mois dernier en gagnant + 1,38 % mais la grande surprise est venue des Émergents avec un indice MSCI Emerging markets qui bondit de 14,6 %. La volatilité qui traduit la nervosité des marchés a continué de s’améliorer grâce à cette actualité favorable. Ainsi « l’indice de la peur » (le VIX) a reculé de 25,3 à 22,1 ce mois-ci. Pour rappel, une volatilité raisonnable se situerait entre 15 et 20.

A la veille d’établir un bilan des performances boursières mondiales, la poursuite de la hausse au mois de novembre et le rallye enclenché depuis fin septembre ont permis aux grands indices de continuer à réduire significativement leurs pertes même si depuis le début de l’année, ils accusent toujours un repli plus ou moins marqué selon les zones géographiques. A New-York, l’indice de référence des professionnels, le Standard & Poor’s 500 est en baisse de 14,39 % alors que le Nasdaq navigue toujours en queue de peloton à - 26,70 %. Il fait désormais jeu égal avec les Emergents dont l’indice MSCI Emerging markets abandonne lui aussi 26,71 %. Du côté de la zone euro, l’Euro Stoxx 50 est en repli de 8,41 %. Les deux premières économies européennes connaissent toujours des trajectoires différentes puisque l’indice vedette tricolore (CAC 40) surperforme le marché européen en affichant un recul de - 5,79 % alors que l’indice allemand (DAX) est nettement plus en retrait à - 10,13 %. Le Japon reste la place boursière la plus solide cette année mais son statut de meilleur élève ne tient plus qu’à un fil avec un indice tricolore qui se rapproche de plus en plus. Le Nikkei n’abandonnant que 4,76 %.

Fait remarquable, il est à noter que certains indices comme le CAC 40 s’inscrivent en hausse de près de 20 % par rapport à leur étiage le plus bas de l’année. L’indice parisien a en effet touché un point bas en séance à 5 628 points le 29 septembre dernier et se trouvait à 6 791 points en séance le 1er décembre. Ce seuil symbolique pour les marchés actions d’une hausse de 20 % déjà atteinte par d’autres indices boursiers tels le Dax allemand et le FTSE MIB italien, marque traditionnellement le début d’un marché haussier dit « bull Market ». Cela signifie que certains indices ont cassé une tendance baissière qui était à l’œuvre depuis plusieurs trimestres ce qui envoie un signal important pour la suite.

file

 

Convictions d’investissements
 

Les nombreux sujets d’incertitude qui ont jalonné l’année 2022 n’ont pas encore disparu et restent encore présents en arrière-plan. Ils rythment toujours avec plus ou moins d’intensité l’évolution des marchés financiers et ne permettent pas encore de retrouver une parfaite visibilité pour 2023. Ces sujets marquants nous les connaissons par cœur, ils monopolisent toute l’attention des investisseurs depuis le début de l’année : la guerre en Ukraine qui alterne entre désescalade et intensification, le niveau d’inflation historique en raison de la crise énergétique, le resserrement des politiques monétaires sans précédent, le ralentissement volontaire de l’économie mondiale par les banques centrales afin d’enrayer la hausse des prix, l’économie chinoise qui tousse en raison de sa politique « zéro-Covid ». A l’arrivée, un cocktail qui risque à tout moment de faire plonger les économies d’une majorité des pays de l’OCDE en récession. L’horizon n’est donc pas encore véritablement dégagé, mais certains de ces thèmes commencent à évoluer de manière encourageante ce qui permet de faire preuve d’un optimisme prudent et d’entrevoir la lumière au bout du tunnel.

Ainsi, faute de visibilité encore suffisante sur la stratégie à privilégier, deux approches s’offrent à nous :

  • Celle assez négative d’une récession en 2023 avec tout de même une modération significative des pressions inflationnistes ou bien alors, celle un peu plus modérée, d’une stagflation en 2023 (faible croissance et inflation élevée) qui résulterait de surprises négatives en matière d’inflation et qui se traduirait par le maintien du resserrement monétaire restrictif des banquiers centraux.
  • Celle plus positive (d’aucuns diront « optimiste ») d’un atterrissage en douceur (« soft landing ») c’est à dire un ralentissement de l'économie qui serait insuffisant pour la faire entrer en récession. L’inflation se normaliserait progressivement permettant d’envisager un assouplissement du resserrement monétaire de la Fed (peut-être même de la BCE) dès cette fin d’année les 14 & 15 décembre prochains.

Évidemment, la majorité se range toujours plus facilement dans le camp des pessimistes à savoir ceux qui penchent pour le scenario négatif. Rares sont les investisseurs à souscrire au scenario rose d’un « atterrissage en douceur » de l’économie mondiale. Certes les bonnes surprises des résultats des entreprises du troisième trimestre ont démontré que jusqu’à présent elles étaient parvenues à préserver leurs marges en remontant leurs prix, mais à un moment donné, les hausses de prix vont finir par peser sur les volumes. Certains considèrent que les marchés intègrent déjà beaucoup de bonnes nouvelles que ce soit à propos de l’inflation ou du resserrement monétaire. Ainsi, la plupart des opérateurs de marché ont observé le rebond d’un peu loin, sans vraiment y croire. Alors même que les indices boursiers repartaient de l’avant, les volumes négociés sur les bourses mondiales ont chuté à leurs plus bas niveaux de l’année, en retrait de 30 % sur le Standard & Poor’s 500 et de 40 % sur l’indice large européen Stoxx 600 par rapport à leur moyenne au cours de la dernière décennie. Ils considèrent que le rebond des deux derniers mois a surtout revêtu une composante « technique » (donc artificielle) liée à des rachats de positions vendeuses de fonds spéculatifs (algorithmes). C’est la réalité, mais pour partie seulement, car tant que le contexte obligataire reste porteur et orienté à la baisse, d’autres investisseurs actions peuvent considérer que le verre est à moitié plein et soutenir par leurs achats les indices boursiers. Mais les raisons de se montrer prudent sont nombreuses et il reste notamment à voir comment l’économie et les bénéfices des entreprises vont réagir aux mesures déjà prises par les banques centrales. Dès lors, il peut sembler prématuré de s’attendre à un assouplissement significatif des conditions financières étant donné que l’inflation (même si elle ralentit) reste toujours très élevée en particulier en zone euro (10 % vs 7,7 % aux États-Unis).
De fait, certains investisseurs se sont peut-être un peu vite emballés en penchant vers un adoucissement des politiques monétaires des banques centrales. S’il est probable que l’ampleur de leurs tours de vis devrait diminuer, passant de 75 à 50 points de base, ni la Réserve fédérale (Fed), ni encore moins la Banque centrale européenne (BCE) n’ont signalé qu’elles comptaient interrompre leurs hausses de taux. En Europe, l’inflation ne donne pas vraiment de signe de faiblesse. Bien que très attendu, le dernier chiffre de novembre (10 % vs 10,6 % en octobre) ne permet pas encore d’établir une vraie tendance. La BCE devrait donc poursuivre ses hausses de taux tant qu’elle n’aura pas de preuve tangible que l’inflation recule durablement en zone euro car le vrai risque serait qu’elle s’arrête trop tôt et commette une erreur de politique monétaire. Par ailleurs, l’institution de Francfort s’est engagée à présenter lors de la prochaine réunion du 15 décembre ses plans pour réduire son bilan. De quoi mettre encore sérieusement à l’épreuve l’optimisme des marchés. Mais selon nous, la véritable question ne se situe plus vraiment au niveau des futures hausses des taux de la Fed les 14 décembre et 31 janvier prochains, mais plutôt sur le taux terminal de ses taux directeurs. Si nous pouvons être confiants à propos du ralentissement du rythme de resserrement monétaire, en revanche une incertitude plane toujours sur le niveau qui sera atteint à la fin du cycle. Le marché a peut-être été un peu enthousiaste au moment de la publication des chiffres de l’inflation américaine du mois d’octobre. Il faudra sans doute aller à des taux proches de 5 % pour assurer cette récession volontaire.

En ce qui nous concerne, nous penchons davantage vers le scenario positif, quand bien même il serait considéré comme « optimiste ». En effet, la poursuite du rebond des marchés actions débuté fin septembre et d’un éventuel rallye de fin d’année pourrait donner le sentiment d’être entré dans une nouvelle phase d’accélération voire d’un début d’amélioration de l’environnement économique et financier.
En premier lieu, la publication des chiffres de l’inflation aux États-Unis début novembre semble avoir accentué la confiance des investisseurs ou du moins les avoir confortés dans l’idée que le pic d’inflation avait bien été atteint l’été dernier et que le point bas de l’année pour les marchés boursiers se situait bien fin septembre. Effectivement, l’inflation américaine plus basse que prévu en octobre a considérablement augmenté la probabilité que les attentes en matière de taux directeurs et de rendements obligataires aient atteint un sommet. Ce moment clé pourrait ainsi permettre d’alimenter la progression des marchés actions et confirmer le pic du dollar face aux autres devises.
En second lieu, l’annonce par les autorités chinoises de deux décisions en vue de soutenir la croissance de l’empire du Milieu se révèlent capitales pour 2023. Cela commence par de nouvelles mesures de soutien visant à offrir une « bouffée d’oxygène » au secteur immobilier à travers un accès facilité aux financements pour les promoteurs en difficulté. Ce choix capital s’apparente à un « tournant » pris par les autorités depuis leur décision en 2020 de durcir l’accès au crédit pour les professionnels de l’immobilier. En parallèle, Pékin a également annoncé un assouplissement de plusieurs mesures anti-Covid alors que cette politique sanitaire en place depuis plus de deux ans a lourdement pénalisé l’économie du pays ainsi que l’approvisionnement de nombreuses chaînes de production mondiales. Combinés entre elles, ces deux décisions majeures pourraient permettre aux investisseurs d’envisager avec plus de sérénité les perspectives économiques pour 2023 permettant ainsi aux places boursières de poursuivre leur ascension.

En résumé, les marchés vont rester concentrés sur les chiffres de l’inflation et l’action des banques centrales. Les investisseurs tentent de se rassurer en se disant que les banquiers centraux surveillent les signes de ralentissement de deux principales zones économiques et qu'éventuellement, ils pourront en tenir compte en se montrant moins agressifs dans le durcissement de leur politique monétaire. Ils risquent donc de limiter leurs initiatives en attendant les réunions de politique monétaire en fin d’année et d’attendre tranquillement la trêve des confiseurs.
Naturellement, les investisseurs continueront de surveiller le déroulement de la guerre en Ukraine et l’amélioration effective de la situation économique en Chine. Ces deux sujets sont incontournables pour déterminer l’évolution à la hausse ou à la baisse du niveau de l’inflation ainsi que le niveau de la croissance mondiale et donc, in fine, la probabilité ou pas d’une récession. L’ampleur d’une éventuelle récession dépendra largement de la situation en Ukraine et des lourdes conséquences sur les prix des matières premières. Cette guerre a provoqué une grave crise énergétique en Europe contribuant à faire augmenter considérablement le coût de la vie et à entraver l'activité économique.
Le contexte global reste préoccupant car même en échappant (de très peu) à la récession, une majorité de foyers à travers le monde aura le sentiment de se trouver bel et bien en récession à cause de la hausse du coût de la vie. En attendant une amélioration du contexte géopolitique, économique et sanitaire, la nervosité des marchés pourrait encore s’inviter en début d’année. La dynamique de l’inflation devrait encore peser sur les économies et les indices boursiers. Les difficultés ne sont pas encore définitivement derrière nous.

En conclusion, l’expression « épée de Damoclès » aura rarement sonné aussi juste pour qualifier le risque de récession. Si elle devait s’avérer incontournable, elle concernerait d’abord la zone euro à partir du quatrième trimestre 2022 ou du premier trimestre 2023 puis éventuellement les États-Unis, mais pas avant le second semestre 2023. La capacité des Etats à mettre en place des politiques budgétaires au niveau national ou européen déterminera son ampleur et sa durée.

 

Stratégie d’investissement
 

En 2023, les marchés financiers seront encore volatils en raison des incertitudes qui demeurent avec la guerre en Ukraine, l’inflation, les politiques monétaires, la récession, la crise énergétique, la révision à la baisse de la croissance des résultats des entreprises ou encore la Chine, les risques sont encore nombreux. D’importantes rotations sectorielles seront donc à prévoir car la bourse est un marché qui essaie au maximum de simplifier des sujets complexes. Donc parmi ces risques énumérés, il y en aura probablement un qui dominera les autres durant l’année. Dès lors, c’est cette thématique principale qui guidera les marchés actions et dessinera la performance des portefeuilles. A l’heure actuelle, il est encore prématuré pour savoir laquelle de ces thématiques prendra le dessus sur les autres, à moins qu’un nouveau cygne noir que nous n’aurions pas vu venir emporte tout sur son passage (hypothèse par définition impossible à anticiper). Face à ces risques qui planent sur les marchés, la bonne stratégie revient à conserver une part de cash dans les portefeuilles.
Sur le marché actions, nous continuons de nous montrer à la fois prudent et agile avec une allocation équilibrée au sein de nos portefeuilles modèles combinant différentes stratégies de gestion en vue d’être armés à tous les cas de figure :

  • des valeurs cycliques et décotées (style de gestion « value ») en cas de faible ralentissement économique, de récession modérée et de courte durée ou de résolution du conflit en Ukraine (automobile, banque, énergie, industrie)
  • des valeurs plus défensives en cas de récession et de révision à la baisse de la croissance des bénéfices après une année exceptionnelle (santé, opérateurs téléphoniques, services aux collectivités)
  • des valeurs de croissance (style de gestion « growth ») si l’essentiel de la hausse des taux est derrière nous (luxe, techno), même si certains pensent qu’ils vont encore monter

Sur le marché obligataire, les investisseurs restent plutôt à l’écart des obligations souveraines et privilégient les obligations à courte échéance des entreprises les mieux notées (« investment grade ») qui offrent aujourd’hui des rendements attractifs. Les obligations d’émetteurs de qualité comme Apple ou JP Morgan offrent actuellement des rendements autour de 5 %. Mais pour limiter les risques au maximum, ils font le choix de conserver ces obligations en portefeuille jusqu’au remboursement de la dette afin de ne pas avoir à s’inquiéter de la baisse des prix de leurs obligations en cas de poursuite de la hausse des taux (hypothèse qui n’est pas notre scenario mais qui ne peut être exclue). Ils profitent durant ce laps de temps d’un rendement garanti.
Après ce mois de novembre positif pour les marchés actions, de nouveaux facteurs plaident en faveur d’un rebond qui pourrait être décisif, autrement dit qui ne serait plus suivi par une nouvelle chute vers le point bas de fin septembre (cf. point mensuel d’octobre « rebond du chat mort »). Les gérants disposent toujours d’une proportion importante de cash dans leurs portefeuilles, signe clair de leur sous-pondération actions. Or, les performances récentes des marchés actions devraient conduire ces professionnels de la finance à investir une partie de leurs liquidités. Après être passés à côté de la remontée des indices entamée depuis fin septembre, ils devraient être tentés de sauter dans le « train de la hausse » pour « habiller le bilan » de leurs fonds et soutenir les marchés actions ce qui transformera le rebond actuel en « rallye du Père Noël » (« Santa Claus rally »).

 

Les marchés actions ont-ils raison de vouloir continuer à monter ?
 

Selon Warren Buffet, « les marchés montent dans le scepticisme ». Nous pouvons dire que c’est précisément ce qui se produit actuellement. Il y a dans ce rebond un changement radical par rapport à celui des mois de juillet et août. La modération des chiffres de l’inflation aux États-Unis, et même dernièrement en Europe, est une donnée très clairement positive que les marchés saluent à juste titre. De même, ils acceptent aussi l’idée que les banques centrales ont fait une grande partie du chemin et que dorénavant, elles vont remonter les taux de manière plus limitée afin de ne pas risquer de « casser » ce qui reste de croissance. Nous pensons que ce qui fait progresser les marchés est la conviction, à tort ou à raison, que les banquiers centraux ont pour objectif principal de parvenir à un atterrissage en douceur (soft landing). Bien sûr, la lutte contre l’inflation reste leur priorité numéro une et il est encore trop tôt pour dire que le combat est gagné. En fait, les marchés continuent de monter parce qu’ils se disent qu’il est encore possible d’échapper à une récession. Alors, si la perspective d’un simple ralentissement semble difficile à envisager pour l’Europe, en revanche, les marchés considèrent que le Vieux continent devrait pouvoir éviter une récession trop longue et trop sévère car le marché de l’emploi continue de s’améliorer et la consommation des ménages se maintient à un niveau satisfaisant.
Mais en réalité, que nous l’acceptions ou pas, la véritable question porte surtout sur les États-Unis. Si les indices actions progressent autant en Europe, c’est probablement parce que les marchés savent que la Fed a réagi relativement tôt (dès mars dernier), que le gros de son resserrement monétaire est déjà passé et que le pic de l’inflation se situait vraisemblablement au mois de juin (à 9,1 %). Finalement, les marchés estiment que si jamais l’économie américaine devait subir une récession, ce ne serait certainement pas avant le second semestre 2023.
A l’arrivée, la remontée des marchés actions pourrait être stoppée si les investisseurs considéraient que le scenario idéal a déjà été anticipé et qu’il se reflète déjà dans les niveaux actuels des indices. Maintenant, attendons encore un peu car nous ne sommes pas encore certains du point d’atterrissage de l’inflation. Si celle-ci reste à des niveaux élevés (par exemple autour de 5 %) toute l’année prochaine (ce n’est pas notre scénario), le pivot réel, c’est à dire le début de la baisse des taux directeurs aux États-Unis, n’est sans doute pas pour 2023 mais plutôt 2024.
Nous pensons raisonnablement que les marchés ont eu raison de monter car c’est leur fonction d’anticipation. Ils se disent que le pic de l’inflation a été atteint en juin aux États-Unis, en novembre en Europe et que le point bas des marchés actions était sans doute fin septembre. Pour autant, la prudence reste de mise car certains facteurs de risque peuvent revenir à tout moment. En effet, nous pouvons avoir franchi ce fameux pic d’inflation mais devoir nous contenter un certain temps d’un simple faux plat descendant et non d’une véritable décélération. Les marchés actions se sont trouvés une direction à la hausse depuis plusieurs semaines. Or, tous les scenarii macroéconomiques restent possibles même si nous penchons plus sur l’émergence d’un scénario positif ; celui d’un pic inflationniste enfin rentré dans les esprits alors qu’il ne l’était pas il y a encore deux mois, d’une désinflation qui pourrait être assez rapide en début d’année et enfin, d’une Fed qui reste vigilante et ne tient pas à aller jusqu’à un décrochage brutal de l’économie américaine. Tous ces éléments sont rassurants pour parvenir à la conclusion d’un soft landing réussi, un scénario qui s’est déjà réalisé par le passé.

 

L’inflation en zone euro s’offre enfin une pause en novembre

Évidemment, il est encore trop tôt pour crier victoire mais ce chiffre encourageant était attendu avec impatience depuis de nombreux mois. Pour la première fois depuis dix-sept mois, l’inflation en zone euro a donc légèrement baissé au mois de novembre. D’après l’institut européen de statistiques Eurostat, les prix à la consommation ont grimpé de 10 % sur un an, alors qu’en octobre, ils avaient augmenté de 10,6 %. Ce sont d’abord les prix de l’énergie qui expliquent ce léger recul. Le cours du pétrole s’est effrité ces dernières semaines en raison de craintes de récession mondiale, ce qui pèserait sur la demande. Ainsi, le baril de brent de la mer du Nord est passé au mois de novembre de 98 dollars à 85 dollars.
De même, les prix du gaz se sont détendus alors que les stocks européens élevés nourrissent l’espoir que l’hiver se passe sans trop de difficultés et surtout, sans rationnement. Alors que les prix de l’énergie dans la zone euro progressaient de 41,5 % en octobre sur un an, la hausse n’est plus que de 35 % en novembre. Or, l’énergie explique environ la moitié de l’inflation globale. L’autre point important qui participe à la très relative modération de l’inflation est l’action des gouvernements européen. Les plans de soutien au pouvoir d’achat qui se sont multipliés depuis le printemps portent enfin leurs fruits. Le problème est qu’ils rendent la lecture de l’inflation compliquée. Il est difficile de savoir ce qui provient des politiques budgétaires dans le ralentissement constaté en novembre. En Allemagne, en Belgique, en Espagne et en Grèce, les prix ont moins augmenté qu’au mois précédent. Tout cela est de bon augure si l’on veut voir le bon côté des choses. A l’avenir, même si l’inflation devait rester élevée, le fait que les prix de l’énergie participent à la désinflation signifie que les données d’aujourd’hui seront très certainement suivies d’une baisse progressive de l’inflation pour la zone euro. De nombreux économistes espèrent que le pic est en vue. D’ailleurs aux États-Unis, l’inflation semble être en passe d’être maîtrisée. Mécaniquement, avec le recul des prix de l’énergie en zone euro, l’inflation devrait se tasser notamment avec les effets de base favorables sur l’énergie en début d’année. Cependant, le rythme sera probablement lent puisque dans le même temps les salariés tentent de leur côté d’obtenir des hausses de salaires.
Après les erreurs répétées des banques centrales concernant les prévisions d’inflation il y a un an, la BCE est quant à elle beaucoup plus prudente. Même si elle aimerait pouvoir constater dans les prochaines semaines que le point culminant de l’inflation se situait bien en octobre dernier, elle sait qu’il y a encore des incertitudes avant d’être sûre que c’était bien le cas. Une partie de la hausse passée des prix de l’énergie doit encore être répercutée sur les prix de vente aux consommateurs étant donné que certains ont opté pour des contrats de long terme qui ont eu pour effet de bloquer les prix pendant toute l’année 2022. Or, ces engagements qui prendront fin dès janvier prochain risquent de provoquer des hausses de prix conséquentes d’autant que dans beaucoup de pays, les ristournes sur l’essence vont s’interrompre à partir du 1er janvier prochain. Dès lors, la certitude que le pic de l’inflation aura bien été en octobre reste à voir car tout nouvel épisode dans la crise énergétique pourrait facilement faire revenir la volatilité sur les prix de l’énergie et in fine, faire repartir l’inflation.
Mais alors, les marchés actions vont-ils trop vite en anticipant ce pivot des banques centrales dans leur resserrement monétaire ? Autant pour la Fed nous pensons que le taux terminal est à peu près intégré par les marchés, autant les marchés peuvent sembler complaisants concernant la BCE. Ainsi, ne sommes-nous peut-être pas à l’abri d’une surprise avec une BCE qui monterait (le 15 décembre prochain) ses taux à un rythme aussi agressif que lors des précédentes réunions (nouvelle hausse de 75 points de base et non de 50 comme anticipé) afin de ralentir la demande et venir à bout de l’inflation. Paradoxalement, nous pourrions avoir une politique monétaire plus dure en Europe qu’aux États-Unis car il y a plus d’interrogations sur le pic d’inflation sur le Vieux continent qu’outre Atlantique. Rappelons que le début du resserrement monétaire n'est intervenu en zone euro qu’en juillet, soit quatre mois après les Etats-Unis (mars). Cela permettrait en outre à l’euro de continuer à s’apprécier par rapport au dollar. Si la zone euro est encore empêtrée dans une inflation soutenue, son récent début d’inflexion (novembre) pourrait permettre d’entrevoir le début d’une décélération.

 

Pas de répit pour la BCE dans sa lutte contre l’inflation
 

Alors que de l’autre côté de l’Atlantique le ralentissement surpris de l’inflation en octobre à 7,7 % contre 8,2 % en septembre pourrait pousser la Fed à modérer son resserrement monétaire, la BCE reste déterminée à poursuivre une ligne plus dure. Il est vrai que la Fed a entamé son cycle de resserrement monétaire dès le mois de mars tandis que la BCE a attendu le mois de juillet pour commencer. Cette hausse des taux directeurs, la plus forte de toute son histoire (+ 200 points de base), va probablement conduire l’économie de la zone euro en récession, récession qui a peut-être déjà débuté au cours du quatrième trimestre et qui devrait se prolonger sur le premier trimestre 2023 voire même jusqu’au deuxième. A l’occasion de sa réunion du 15 décembre, Christine Lagarde présentera un véritable arsenal qui s’articulera autour de trois grandes étapes.
D’abord, la poursuite des tours de vis monétaires pour réduite la demande et freiner la hausse des prix jusqu’à atteindre un taux d’inflation proche de l’objectif de moyen terme c’est-à-dire 2 % mais disons plutôt 3 %. Après les deux dernières hausses de 75 points de base, la BCE est sans doute encore loin d’en avoir terminé avec ses relèvements. Les marchés financiers s’attendent d’ailleurs à une légère baisse du rythme et semblent envisager une hausse de 50 points de base seulement.
Ensuite, l’institution de Francfort va s’attaquer à la modification des coûts de financement des banques. Fin octobre, Christine Lagarde avait déjà annoncé le début du durcissement des conditions financières des prêts de long terme (TLTRO) qui étaient accordés aux établissements bancaires européens pendant la crise du Covid. Sous certaines conditions, ces prêts affichaient des taux négatifs et les banques pouvaient gagner de l’argent en empruntant auprès de la BCE. Le but était alors de faire baisser le coût du crédit à l’économie réelle. Désormais, c’est l’objectif inverse qui est poursuivi. La BCE a donc décidé de rendre ces prêts plus coûteux afin d’inciter les banques à les rembourser par anticipation. Alors que les analystes tablaient sur 400 à 600 milliards d’euros, la première fenêtre de remboursement n’a vu qu’à peine 300 milliards d’euros rapportés au guichet de la BCE sur les 2 100 milliards d’euros d’encours de TLTRO. Cela montre que les banques ont sans doute besoin de plus de temps pour effectuer des remboursements plus significatifs, ce qu’elles devraient faire d’ici la fin de l’année. Ce sont alors 900 milliards d’euros supplémentaires qui sont attendus, de quoi commencer à alléger le bilan de la BCE qui dépasse encore les 9 000 milliards d’euros.
C’est une façon implicite de débuter le resserrement quantitatif (« quantitative tightening » QT) qui constituera la troisième et dernière étape. Avec ce premier pas vers le véritable QT, la BCE arrêtera progressivement de réinvestir les montants issus des tombées des obligations de son portefeuille. Cette réduction des avoirs obligataires sera un exercice délicat qui devra être mené avec beaucoup de précautions afin de ne pas trop perturber les marchés.

 

A suivre dans les prochaines semaines :

  • Réunions des banques centrales (Fed le 14 décembre et BCE le 15 décembre)
  • Indicateurs macro-économiques (inflation, emploi, confiance des ménages, investissements etc.)
  • Résultats des entreprises pour le T4 2022 et prévisions pour 2023
  • Conséquences économiques d’éventuelles coupures d’électricité
  • Assouplissement de la politique « zéro Covid » en Chine
  • Évolution de la guerre en Ukraine

 

Rédacteurs : Nicolas DUPLANTIER - L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L'adaptation de nos propositions au profil d'investissement de chaque client suit 4 règles principales :

  • Cantonnement : définition d'un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d'assurance-vie)
  • Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d'assurance-vie 
  • Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
  • Communication/suivi : mail et article mensuel sur www.ca-pg.fr
     
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