SOPHIE HALLETTE
16/04/2021 - 3 min de lecture
Rubrique : Développement
tout un mag pour vous
SOPHIE HALLETTE
LA DENTELLE MADE IN HAUTS-DE-FRANCE
De Liz Taylor à Kate Middleton, nombre de célébrités ont porté de la dentelle Sophie Hallette. PDG de cette Maison fondée en 1887, Romain Lescroart nous donne sa vision d’un développement qui conjugue depuis toujours tradition et transformation.
« Notre ambition est de faire rayonner dans le monde la dentelle de Calais-Caudry, tissée depuis deux siècles dans les Hauts-de-France, en répondant aux exigences actuelles de compétitivité et responsabilité. »
Romain Lescroart
Votre Maison a plus de 130 ans : quelle place tient l’histoire dans son quotidien ?
L’histoire est quelque chose de central, de vivant, inscrit dans notre ADN. Sophie Hallette est née avec la deuxième révolution industrielle. Jusque-là, la dentelle était tissée à la main. Eugène Hallette s’est intéressé aux nouveaux systèmes permettant de mécaniser la production et a fondé la Maison à Caudry, avec six métiers à tisser Leavers. À sa mort, sa femme a repris les rênes de l’entreprise, puis l’a cédée à mon grand père. En 2019, la Maison employait 250 personnes et réalisait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. Sophie Hallette travaille aujourd’hui pour des créateurs du monde entier et des secteurs variés allant de la haute couture à la décoration. Mais il s’agit toujours d’une entreprise familiale et nous exploitons toujours les mêmes métiers à tisser, en ayant conscience de faire vivre des savoir-faire uniques qui font partie du patrimoine régional et national. Dentelle d’exception fabriquée uniquement dans les Hauts-de-France sur des machines Leavers, la dentelle de Calais-Caudry est un label reconnu. Sophie Hallette est l’un des rares acteurs de cette filière de production. En fournissant de grandes marques internationales, notre Maison contribue à faire rayonner l’art de la dentelle à la française.
Quel est le secret de sa longévité et de sa réussite selon vous ?
Il y a des cycles dans notre activité, ce qui suppose à la fois d’inscrire notre action dans le temps long et de nous adapter en permanence aux évolutions. Il faut rester en éveil et être toujours prêts à engager des transformations, sans jamais perdre de vue le rêve de nos pères fondateurs. Tous les dirigeants de Sophie Hallette ont procédé ainsi. Mon père a par exemple diversifié l’activité en intégrant une production de tulle Bobin. C’était un risque calculé, qui obéissait à une logique économique et qui s’est révélé payant. En misant sur la complémentarité entre le tulle et la dentelle, il a renforcé la résilience de la Maison face aux aléas du marché. Depuis des décennies, notre modèle de développement repose sur une valeur fondamentale : combiner la confiance dans notre métier et une capacité à nous remettre en question, déclinée autour de trois piliers. Le premier est l'ouverture sur l'extérieur et la croissance externe pour concentrer un parc de métiers vaste, une gamme de produits large et la maitrise de la chaine de valeur par l'intégration verticale. Le deuxième est une transformation permanente pour moderniser nos outils et infrastructures afin d’optimiser notre productivité. Le troisième, de créer avec une équipe dédiée, le sens de la mode et la volonté de toujours réinventer notre univers.
Quelles transformations récentes avez-vous initiées ?
Plusieurs projets ont été menés afin d’optimiser nos infrastructures industrielles. Nous avons notamment modernisé notre teinture pour la mise en couleur de la dentelle, rénovant les locaux, renouvelant les machines, revoyant et informatisant tous les processus. Et nous achevons actuellement le regroupement, dans un bâtiment de 15 000 m2 sur la zone industrielle de Caudry, d’activités qui étaient disséminées dans une dizaine d’ateliers. Côté offre, nous accompagnons depuis plusieurs années la sensibilité grandissante des créateurs et consommateurs aux problématiques sociétales. Après avoir lancé une gamme éco-responsable, la Green Line, nous avons voulu aller plus loin et venons d’obtenir deux labels après des processus de certification entamés en 2020. L’un, le Global Organic Textile Standard, garantit que nos textiles issus de matières naturelles sont produits et transformés dans le respect de l’environnement. L’autre, le Global Recycled Standard, certifie que nous utilisons des fibres synthétiques recyclées en amont.
Un an après le début de la crise sanitaire, quelles sont les perspectives pour Sophie Hallette ?
Il est clair que nous sommes aujourd’hui dans une sorte d’éclipse forcée, de mise en sommeil qui rend difficile la projection vers l’avenir. Cette crise est un moment traumatique qui va laisser traces. Mais notre outil industriel est en place, nous bénéficions d’un plan d’aides massif, certains marchés repartent… Il y aura des ressorts pour renouer avec la croissance et je ne doute pas de la capacité de nos équipes à nous transformer encore pour rebondir.